littérature jeunesse

Le caillou {Chut, les enfants lisent #66}

Je vous l’avais expliqué ici, dans notre chambre, j’ai une bibliothèque bien fournie avec notamment des livres pour la jeunesse, mais pour lesquels Zélie est encore trop jeune pour les feuilleter. 

Celui-ci en fait partie. 

Le Caillou, c’est l’histoire d’un pays, le Karabastan, qui a été envahi par des cruels envahisseurs, les Khomènes. Aucun habitant de ce pays n’a survécu, les Khomènes les ont tous tués. Maintenant ils sont les maîtres de ce pays et imposent de nouvelles lois. Au milieu du Karabastan, il y a un énorme Rocher qu’on appelle le Caillou. Ce Caillou est sacré puisqu’il est écrit sur tout le tour, l’histoire du pays, l’histoire avant l’invasion par les Khomènes.

Evidemment, il gêne les Khomènes, ce Caillou, il est l’héritage d’un passé dans lequel ils n’existent pas. Alors ils décident de le détruire et de faire disparaître tous les restes du Caillou : « plus de Caillou, plus de problème ». 

Mais il se produit alors quelque chose d’extraordinaire. Pendant la nuit, le pays se souleva. Physiquement, d’une vingtaine de centimètres. Et si au début le chef des Khomènes se sentait fier d’être le Guide d’un pays au dessus des autres, très vite le pays s’est isolé de ses voisins puisqu’il continuait à monter, monter, monter…

 

Ce conte métaphorique a été écrit par Dedieu en 2015 suite à plusieurs actes odieux au Moyen-Orient : la destruction des Bouddhas en Afghanistan en 2001, la grande bibliothèque de Mossoul brûlée en 2015 et de la ville archéologique de Palmyre qui a subi le même sort la même année. 

Ici le Caillou représente la mémoire de chacun, l’histoire, le patrimoine. Il représente le socle sur lequel s’appuie les hommes depuis des millénaires. C’est l’histoire qui est la base de la civilisation, et le guide suprême des Khomènes ce qu’il veut c’est aliéner les hommes. Il pense très sincèrement qu’en détruisant les vestiges de l’histoire, en interdisant aux hommes de consulter, d’admirer ou se recueillir auprès de ce qui définit leur civilisation, il arrivera à soumettre la population. 

Ce qui fait aussi la force de cet ouvrage, ce sont les illustrations très sobres et le texte concis. Les couleurs dominantes sont le gris et l’orange et les dessins très graphiques. Ils sont dénués de détail, mais permettent de faire passer un message très fort. Les phrases sont courtes, mais percutantes, des phrases qui résonnent : 

« Les hommes sans passé n’ont pas d’avenir »

 » c’est un caillou dans la chaussure des Khomènes »

 » il fallait réagir vite : on lui trancha la tête »

Ce livre fait malheureusement écho à l’actualité et c’est parce qu’il y a eu un énième attentat avant-hier sur le sol britannique que j’ai eu envie de le présenter ici. Alors bien sûr, il n’est pas adapté aux plus jeunes qui n’ont pas encore conscience de la cruauté et de la barbarie dont sont capables certains hommes. Mais il peut être un outil très intéressant pour aborder le terrorisme et les « motivations » de ces barbares. 

Pour ma part, j’aurais aimé posséder un ouvrage de ce type lorsqu’à 11 ans, j’ai pris conscience brutalement des horreurs dont sont capables certaines personnes, avec l’attentat du World Trade Center. Je ne peux que vous le conseiller, si vos enfants sont suffisamment grands pour aborder cette thématique. 

Promis, la semaine prochaine je reviens avec un ouvrage plus léger 🙂 

Ceci est ma soixante-sixième participation au rendez-vous de Yolina : Chut, les enfants lisent !

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