réflexions

Et soudain, ils se parlèrent …

Et si, pour une fois, on parlait littérature pour les adultes ? 

Bon je vous rassure tout de suite, il se sera point question dans ce billet d’aborder les grands auteurs classiques de la littérature française que j’affectionne tant, mais j’avais bien envie de vous présenter un livre, un groooos livre que j’apprécie beaucoup. 

« Trente ans, cela semble peu, mais cela aura suffit à bouleverser nos modes de vie, nos façons de voir les choses et même de nous parler […] 

Intellectuels, écrivains, artistes, humoristes, célèbres ou anonymes, tous ont respecté la règle du jeu, interroger ce passé si proche avec impertinence et talent, ouvrir des pistes sur des sujets qui font notre quotidien : l’alimentation, l’américanisation, l’environnement, les relations hommes-femmes, mais aussi les séries TV, les graffités, la french house …

Se parler est toujours plus utile qu’on ne le croit, que l’on soit universitaire, DJ, enseigne de restauration ou élève de terminale. 

Un livre inclassable dont chacun inventera le mode d’emploi.

Voilà ce que nous vend la quatrième de couverture. 

Bizarre non ? 

j’ajouterais « terriblement curieux » ! 

Intéressons-nous au sommaire maintenant 

Les chapitres sont construits de la même manière : un ensemble de textes, de photos d’époque, d’illustrations, d’articles de presse, de publicités, d’interviews … bref, des supports de communication très variés qui rendent donc la lecture très rythmée et surtout hyper intéressante. Le texte n’est pas lourd et ennuyeux, bien au contraire ! Beaucoup de chiffres, des tournures de phrases percutantes et surtout, une réflexion à la limite de l’ouvrage scientifique.

1. les pieds dans le plat

Dans ce chapitre, les protagonistes se penchent sur l’évolution des rituels alimentaires, sur l’histoire de l’alimentation, les croyances diététiques, la place du régime dans notre société, l’entrée de la société de consommation dans notre corps (produits cosmétiques, compléments alimentaires …), le mouvement Slow Food ou encore la malbouffe 

2. chien et chat

Ici on s’intéresse plus précisément à la relation très ambigüe entre la France et les Etats Unis d’Amérique à travers le principe d’Américanisation notamment en ce qui concerne la culture au sens large, c’est à dire la musique (le jazz), le cinéma (Mickey) ou encore le sport (le basketball). Le modèle américain devient une référence par exemple dans la manière de se vêtir (la marque Levi’s), de consommer (Coca Cola) … Les auteurs proposent de comprendre en quoi la culture française et la culture américaine sont pourtant bien similaire en comparant deux séries TV : Dallas et Plus Belle la Vie. 

3. Une vie Française

Là, en revanche, c’est le mode de vie purement français qui est passé au peigne fin. Et c’est un sociologue qui a été en charge de diriger ce chapitre. Gérard Mermet est un spécialiste des changements sociétaux en France et il essaie de comprendre en quoi ces changements façonnent la société française actuelle. Sont abordées par exemple les questions de la disparition du service militaire, du changement de monnaie, d’objets qui sont entrés dans la mémoire collective (le solex, le 33 tours, Pif Gadget ou la 2CV), mais aussi les succès cinématographiques. 

4. poisson, guignol et impertinence

l’humour insolent, c’est peut-être aussi certainement une caractéristique du français. C’est sûrement pour cette raison que les Guignols, Serge Gainsbourg, les Inconnus ou encore Coluche ont encore et toujours autant de succès auprès de la population. 

5. petites conversations essentielles

les trente ans couverts par cet ouvrage (1969-2009) ont également vu un changement au niveau du vocabulaire employé. En témoignent les ajouts et suppressions réguliers de mots ou expressions dans nos dictionnaires. Mai 68 par exemple a profondément modifié nos modes et lieux de conversations, ce qui s’est encore plus accentué avec l’arrivée des nouvelles technologies de plus en plus accessibles au fil des années. 

Dans ce chapitre, un linguiste amoureux de la langue française s’est amusé à « traduire » la célèbre Fable « le Corbeau et le Renard » en langage parlé, voire parfois grossier, et vraiment c’est très drôle ! 

On y retrouve également des objets qui ont changé notre quotidien et dont on ne pourrait plus s’en passer aujourd’hui. 

6. Sage comme une image

Après le pouvoir des mots, ici on s’intéresse à la force de l’image et au message qu’elle fait passer selon qu’elle soit photographie, reportage ou dessin humoristique. Aujourd’hui, la télévision est présente dans presque tous les foyers et la publicité est entrée dans notre quotidien

De grands magazines reviennent sur les « unes » qui ont le plus marqué pendant ces trente ans, avec, entre autres, la Une d’un journal local que je connais très bien « La Voix du Nord » :D. On y parle également du rôle essentiel qu’a joué le magazine « ELLE » dans l’émancipation de la femme, mais aussi de notre responsabilité face aux images que l’on montre aux enfants, qu’il s’agisse de la violence dans les programmes de télévision (Goldorak, journal télévisé, Dragon Ball (oups Maaademoiselle A :D) ), mais aussi du martelage inconscient de la publicité dans le cerveau de nos petits. 

On y parle aussi des jouets de notre enfance, des revisites et des renaissances proposées sans relâche par les industriels pour continuer à les proposer sur le marché, face aux « nouveaux » jeux : les jeux vidéo, l’Internet… 

Ou encore de la place des marques dans notre quotidien, de manière à ce qu’on ne se rende même plus compte de leur omniprésence … 

7. black, blanc, leurre ? 

Ce chapitre ci donne la parole à ce qu’ils appellent la « France Métissée », vue à la fois comme une richesse et une inégalité. On aborde la place de la femme dans la société avec le mouvement « Ni putes ni soumises », la spectaculaire carrière d’un boxeur guadeloupéen devenu champion du monde puis meilleur boxeur de l’année en 2005…

8. pendant la durée des travaux.

Ici c’est l’emploi, le travail et les conditions de vie des salariés qui sont abordés. Les auteurs constatent qu’en trente ans, les mentalités ont changé plus vite que la définition du travail et des rapports dans l’entreprise. Ils pointent également du doigt les batailles acharnées des syndicats pour le bien-être des travailleurs. Ils insistent aussi sur les différents modèles d’entreprises existant ainsi que leur évolution : de la PME à la multinationale, toutes ont profité de la mutation économique. 

9. Au coin de la rue

C’est l’un des chapitres qui m’a le plus intéressé. Il traite de la publicité omniprésente dans nos ville mais également de l’implantation de grands temples de la consommation à travers les immenses centres commerciaux. Aujourd’hui, les centres-villes des villes sont devenus un ensemble de marques et de devantures, placées sagement les unes à côté des autres à tel point qu’on ne les remarque même plus. Chaque décennie a vu se développer différentes marques : dans les années 70, c’est l’émergence des logos Nike et Apple, dans les années 80′ c’est un logo tout autre, davantage solidaire qui marque les esprits, celui des restos du coeur, dans les années 90′ on voit des logos qui se mondialisent, c’est à dire qui sont imaginés de manière à être perçus de la même façon à travers le monde et ce malgré les différentes cultures et dans les années 2000′ c’est l’émergence des icônes en tout genre

10. Je leur dis quoi aux enfants ? 

C’est le dernier chapitre et il parle de l’avenir, de l’héritage que nous allons laisser à nos enfants. C’est avec cette peur que l’avenir soit difficile pour eux que se sont développés des organismes ou des thématiques tels que Greenpeace, la lutte contre les OGM ou l’émergence du recyclage. Le mouvement écolo devient de plus en plus fort et omniprésent dans la culture. On ose penser que chacun à son niveau, on est capable d’améliorer le monde. 

Ici la parole est donnée à une classe de terminale. Les élèves reviennent sur leurs rêves, leur rapport à l’avenir, sur des événements qui les inquiètent ou au contraire les galvanisent.

Et voilà, nous voici donc arrivés à la fin du livre. Et en fait, consciemment je ne vous ai pas parlé de qui a produit ce livre, de qui a eu l’idée de réaliser un diagnostic, une espèce de vue d’ensemble de notre société et de ses changements entre 1969 et 2009. 

Car maintenant que vous avez découvert cet ouvrage, que vous avez saisi sa richesse et son ouverture, je parie fortement que vous serez surpris lorsque vous apprendrez que ce magnifique ouvrage est la réalisation d’une enseigne bien connue de nous tous. 

Une enseigne de restauration rapide américaine.

Dont le premier restaurant a ouvert en 1969 sur le sol français. 

Pile trente ans avant la publication de ce livre ! 

Pile la date de début de l’ouvrage … 

Eh oui, je veux bien évidemment parler de Mc Donald’s. 

En fait, le livre commence sur une interview du président de Mc Do France. Il explique qu’à l’occasion des trente ans de l’implantation de l’enseigne sur le sol français, Mc Do avait voulu marquer le coup avec ce livre qui a pour vocation de parler de comment la marque a appréhendé son arrivée sur le sol français et comment elle a évolué en même temps que notre société. Ils ont fait appel à des « scientifiques », c’est à dire des écrivains, des intellectuels, des sociologues qui ont eu carte blanche pour développer ce livre. Même si le livre est un formidable support de communication, ici il est tout à fait original dans le fait que jamais il ne parle directement de la marque. 

Selon l’entreprise, ce qui fait sa notoriété en France par rapport à d’autres marques américaines, c’est qu’elle a su comprendre la France et les Français, s’adapter au mode de vie et évoluer en même temps que la société. 

Je pourrais encore vous parler de ce livre qui est pour moi, un chouette recueil de l’évolution de la société sur trente ans. Ce qui me plait aussi c’est qu’il ne fait pas l’apologie de l’entreprise, bien au contraire. En fait, on ne parle quasiment jamais de Mc Do au fil des pages, mais bel et bien de nous, et ça, je trouve que c’est vraiment chouette ! 

Je ne sais pas s’il est encore édité, mais si un jour vous avez la possibilité d’avoir un exemplaire entre vos mains, je vous invite vraiment à le lire, c’est une pépite, une mine d’or 🙂 

3 Comments on “Et soudain, ils se parlèrent …

  1. Sacrément intéressant ce livre là dis-donc !
    Tu as bien fait de « cacher » le fait que se soit un livre fait par MacDo, sans ça, je crois qu’on aurait eu beaucoup de réticences alors qu’en fait non, pas du tout ! Ils ont effectivement su s’adapter au marché français, ils le font d’ailleurs une nouvelle fois avec ce livre en parlant de nous, les français, et non pas de leur marque ou exclusivement des américains 😉 Je crois aussi que nous sommes le seul pays à avoir un logo vert 🙂
    Pour le clin d’oeil à DBZ, on est d’accord, c’est ultra violent ! Mais je crois que Ken le survivant c’est encore pire ahah. Quoi qu’il en soit, quand mon Chéri regardait ça avec ma fille, je surveillais quand même les épisodes hein !… L’avantage c’est qu’un combat peut durer 4 ou 5 épisodes, le temps que ça devienne sanglant, on avait plus la chaine ^^

    1. Le livre en lui-même est déjà super chouette ! Mais de savoir que c’est Mc Do qui l’a « produit » ça ajoute encore plus d’intérêt à la démarche et au contenu ! Tu as donc parfaitement résumé ce que je pense de cet ouvrage 🙂
      Ken le survivant je ne connais même pas !!! (oups) j’avais pas la TV quand j’étais môme du coup j’ai raté (ou pas) pas mal de trucs !! Mais je suis d’accord quand tu parles de la lenteur des épisodes de DBZ ! je ne comprenais pas comment mes frères pouvaient ne jurer que par ça étant donné que les rares fois où j’ai regardé, je me suis carrément emmerdée (ne le dis pas à ton chéri hein ! il ne voudra pas me rencontrer sinon :D)

      1. Je ne connais pas non plus Ken le survivant, je regardais pas ces trucs là moi ^^
        L’avantage de DBZ, c’est que quand il regarde, je peux faire autre chose pendant 3 épisodes, j’ai rien raté ahah. Promis, je lui dit rien 😉

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