réflexions

« Vous êtes nullissimes ! »

L’autre jour, nous sommes partis en famille nous balader dans une brocante. Après avoir trouvé une place où se stationner, je me suis équipée avec l’écharpe de portage avant d’y glisser Malo. Forcément, ça prend un peu de temps, et tout en m’emberlificotant (du verbe emberlificoter ^^) dans mes 5 mètres de tissu multicolore, j’ai eu l’occasion de regarder passer les piétons. A un moment, une maman sort de l’immeuble devant lequel nous étions garés. Elle est avec ses deux enfants, un garçon et une fille de 6 et 8 ans à vue de nez.

C’est au moment où la porte d’entrée s’est ouverte que mon attention s’est portée sur elle, parce qu’elle hurlait sur ses enfants … En effet, sa fille, l’aînée des enfants, se faisait disputer parce qu’elle n’avait pas laissé passer la petite mamie qui sortait en même temps qu’eux. En fait, pour être plus claire, elle a tenu la porte à la dame, mais sa façon de faire n’était absolument pas du goût de sa mère, et elle le lui a bien fait comprendre. En lui hurlant dessus …

Elle lui donnait des ordres, criait, la poussait, tenait la porte et devait certainement faire peur à la mamie. Tout cela en même temps et je me suis mise à la place de la fillette : comment pouvait-elle comprendre ce que sa maman attendait d’elle ? Comment pouvait-elle avoir le temps de faire ce que sa maman attendait d’elle étant donné qu’elle lui hurlait plusieurs ordres à la seconde ?

Pour finir, la maman a fini par tirer le bras de la petite fille, la mamie a retenu in extremis la porte et tout ce petit monde est sorti comme il pouvait du hall de l’immeuble. La mamie a pris d’un côté et la famille de l’autre, la maman devant, à donner des leçons à la petite laquelle la suivait la tête basse et le petit garçon tentait autant que faire se peut de se faire oublier !

Je les vois s’éloigner en entendant toujours le ton de reproche de la maman et je retourne à mon nouage d’écharpe quand tout à coup, ils reviennent tous les trois au pas de course, la maman rouge de colère, les enfants qui la suivent. Apparemment, ils ont oublié leurs lunettes de soleil dans l’appartement ! Les enfants se taisent toujours et la maman fulmine de rage jusqu’à ce qu’elle sorte une phrase qui m’a serrée le coeur : « vous êtes nullissimes » a-t-elle dit à ses enfants.

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Je ne connais pas l’histoire de cette famille, je n’ai été témoin que d’un fragment de leur vie. Peut-être est-ce une maman solo absolument débordée ? que son patron lui en demande beaucoup ? qu’elle fait beaucoup d’heures au travail en attendant une promotion qui ne vient pas ? que personne ne valorise son travail ? peut-être que les enfants ne sont pas faciles à vivre au quotidien, qu’ils ont passé la matinée à se quereller ? Peut-être que la maman s’est disputée avec sa meilleure copine ? ou que, coup sur coup, ce sont la machine à laver, le frigo puis le lave-vaisselle qui ont rendu l’âme ?

C’est vrai, je ne sais pas tout ça. Pourtant, j’ai vu la peur dans les yeux des enfants face à leur mère furibonde, le remord d’avoir oublié les lunettes et d’avoir attisé la colère de leur maman, l’ennui de devoir retourner chercher l’objet de la discorde … J’ai vu deux enfants « soumis » à une maman toujours en proie à une colère profonde.

J’ai vu surtout une maman qui a du mal à lâcher prise. Peut-on apprendre des valeurs à nos enfants grâce à la technique des 10 ordres à la seconde ? n’aurait-elle pas pu, plutôt valoriser la spontanéité de la petite fille qui a ouvert d’elle-même la porte à la mamie, même si ce n’était pas de cette manière qu’elle aurait du le faire ? Peut-on vraiment se mettre dans une colère noire pour une (non deux) paires de lunettes oubliées ?

J’ai ensuite regardé mes enfants.

Malo s’impatientait parce que Papa mettait un peu de temps à se préparer, et quand Malo est impatient, Malo hurle. En règle générale, je le laisse faire, après tout il a le droit de me montrer qu’il n’est pas d’accord, qu’il en a marre … c’est sa manière, pour le moment, de se faire comprendre, de communiquer avec les autres. Je ne vais pas le « faire taire » au risque de l’empêcher de s’exprimer ?

Zélie, comme à son habitude courait partout, montait sur les petits murets … Elle connait les règles : on ne va pas sur la route, on n’abîme pas le mobilier urbain (fleurs comprises) et on ne gêne pas les passants.

Nous avons pris le parti de laisser vivre nos enfants, de les laisser courir, se dépenser comme ils le souhaitent à condition de ne pas gêner les autres. Après tout, ne dit on pas que « la liberté des uns commence là où s’arrête celle des autres ? »

Alors on peut dire que nos enfants sont mal élevés parce qu’ils crient, parce qu’ils rigolent fort, parce qu’ils aiment chatouiller les autres, parce qu’ils adorent courir après le chien de mes beaux-parents, et que nous, en bons parents mal-élevés aussi, on ne les oblige pas à nous donner la main, à parler tout bas, à jouer dans le calme, à faire des siestes toute l’après-midi (pour ça, pas besoin de les obliger, je vous l’accorde^^).

Je (et papa aussi) suis absolument convaincue que l’enfant apprend grâce à son expérience. Attention, je ne dis pas qu’il faut les laisser se mettre en danger, bien au contraire ! Les parents ne sont là que pour les guider, pas pour les dresser. Dès lors, il convient de se poser la question : voulons-nous des enfants obéissants mais pas épanouis, ou comme j’aime le dire « de la viande qui vit » et qui expérimente ?

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J’ai tout naturellement choisi la deuxième option. Alors certes, Zélie et Malo sont bruyants, ne tiennent pas en place, Zélie n’arrête pas de parler et de poser 1000 questions, Malo veut être par terre quand il est dans les bras et veut être porté quand il est au sol, ils expriment fort leurs frustrations et leurs joies encore plus fort ! Mais nous leur avons permis de devenir des enfants extrêmement curieux du monde qui les entoure, précautionneux avec les objets fragiles.

Ils seront ces enfants qui tiendront la porte à la mamie tout en restant dans le passage, parce que dans leur perception de l’aide, ils ne verront que la porte ouverte et moi je serai la maman qui les félicitera de penser à autrui et de s’intéresser au bien-être des personnes qui les entourent.

Ils seront certainement aussi ces enfants qui oublieront leurs lunettes de soleil, et moi, je serai la maman qui retournera les chercher avec eux parce qu’on est en balade, qu’il est dimanche et qu’on a le temps et le droit de se tromper.

Ce jour-là, j’ai serré bien fort et embrassé Malo enfin installé dans l’écharpe, et lorsque les deux enfants sont passés à côté de moi et ont levé la tête vers nous, je leur ai souri et je leur ai fait un clin d’oeil 🙂

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10 Comments on “« Vous êtes nullissimes ! »

  1. Ton article me boulverse, parce que je suis parfois cette maman qui hurle sur sa fille… Je cherche les clés pour ne plus avoir recour à cette façon de faire. Il y a de l’amélioration, mais encore beaucoup trop de cris à mon goût…

    1. Sincèrement, je suis certaine que tu n’es pas cette maman que j’ai vu ce jour-là ! Ça m’arrive aussi de crier sur Zélie, mais là, on est à un autre niveau crois moi ! Dans les yeux de ses enfants il y avait de la peur et ça, je ne l’oublierai jamais ! Dans les yeux de ta fille, on voit de l’amour pour sa maman !
      On n’est pas parfait (et heureusement parce que la perfection c’est ennuyeux) mais le tout est de savoir ce qui cloche et d’essayer de changer ce comportement. Si toi tu t’en rends compte, tu es alors une maman merveilleuse capable de se remettre en question

  2. Vraiment bel article! Parfois je suis aussi confronté à des scènes qui me donne à réfléchir et parfois j’ai vraiment de la peine pour les enfants mais comme tu dis on ne connais pas toute l’histoire… mardi je suis allé faire des courses et une Maman en colère à donné une fessé à son fils en disant « c’est pas possible d’être comme ça franchement!! »
    Je me suis sentie en colère et je me suis dis aussi que parfois (en ce moment souvent ) je crie sur Maya je laisse sortir ma colère sur elle et je deviens aveugle… c’est pas tout les jours facile puis nos loulous nous connaissent bien! Mais ton article ouvre bien les yeux sur le fait que ne dois pas oublié que nos enfants sont différent de nous et qu’on ne dois pas les mettre dans des cases toutes faites! Laissons les vivre!
    Merci de nous le rappeler c’est important pour que nos journées soient belles!

    1. Merci pour ton commentaire Angèle ! On voit souvent autour de nous des comportements qui nous semblent inappropriés. Mais je sais que tu es une maman extraordinaire et comme tu dis, nos enfants savent que nous ne sommes pas parfaits et je suis certaine qu’ils ne nous en tiennent pas rigueur de nos petits écarts 🙂

  3. Très bel article! Malheureusement j’ai moi aussi été cette maman qui crie quelques fois (peu nombreuses, ouf!). Mais quand j’ai vu que je faisais peur à mon Petit Bonhomme, ça m’a tout de suite arrêtée. Parce que je ne veux pas que mes enfant aient peur de moi. Et de plus en plus, je sais et surtout j’assume que je m’en fiche que mes enfants crient, courent partout, ne disent pas forcément bonjour, grimpent le toboggan à l’envers (c’est fou, le nombre de parents qui interdisent à leurs enfants de faire ça !) Et surtout, surtout je m’en fiche de ce que pensent les autres! Comme tu le sais, ce n’est pas toujours facile avec Petit Bonhomme. Mr Papa et moi passons beaucoup de temps à nous remettre en question. Et ça nous a permis de réaliser que les parents ont tendance à trop en demander à leurs enfants, à ne pas les laisser vraiment profiter de la liberté de l’enfance. Je lis en ce moment un livre très intéressant : « Libres enfants de Summerhill » d’A.S.Neill. Il y a du bon et du moins bon dans son propos qui date des années 1960. Mais il prône une liberté des enfants, les laisser libres en leur apprenant à respecter la liberté des autres. Et souvent je me dis « est-ce que ce que Petit Bonhomme (ou Ouistiti) empiète sur ma liberté, gêne vraiment les autres (une vraie gêne hein!) ? Non, bon alors on s’en fiche! ». Désolée pour ce commentaire un peu brouillon. Mais ce sont des sujets qui éveillent chez moi beaucoup de réflexions

    1. Tu sais que je pense comme toi et je trouve que tu réagis avec beaucoup de courage et de bienveillance face aux colères de ton Petit Bonhomme. Je te l’ai déjà dit, mais je suis absolument convaincue qu’une fois ce mauvais cap de passé, tes enfants n’en seront que reconnaissants 🙂

  4. Il m’arrive aussi de crier: trop de fatigue et de stress cette année et un petit dodu en plein terrible two avec de grosses crises de frustration. Lorsque je sens que ma colère était disproportionné par rapport aux faits, je m’excuse auprès de mon fils. Une colère fini toujours par un câlin: que ce soit ses colères où les miennes, c’est liés, hein: généralement il hurle voir tape, se roule par terre et je finit aussi par m’énerver. Pas évident de gérer tout ça quand on est parent. Apres, bienveillance envers ses enfants commencent par soi-même. Se reposer, combler ses propres besoin en sommeil, nourriture, calme… Les parents qui crient ont besoin d’aide pas d’être jugé, voila pourquoi il est important de créer des groupes d’entraide parentale, des groupes de paroles…

    1. Merci beaucoup pour ton commentaire ! Je suis entièrement d’accord avec toi concernant le comportement des parents. C’est vrai que tout est lié : les colères des petits, les frustrations et les énervements des parents…

  5. Très bel article qui laisse a réfléchir… J’ai été cette petite fille apeurée qui ne savait pas comment faire et se tenir face au monde de peur de mal faire. Mais il m’arrive aujourd’hui d’en demander autant, sur un haussement de ton a ma fille alors qu’elle n’a que 18 mois…et puis je me dis qu’il faut agir autrement…mais la fatigue et le vu et vécu n’aidant pas, je me mets aussi a lui crier dessus pfff c’est pas facile tous les jours mais je veux que mes enfants grandissent aussi en ayant expérimenté avec des parents accompagnants et aidants plutôt que des parents qui rabaissent et humilient! Et c’est avec ce genre d’échanges et de partages d’expériences comme ton blog qu’on pourra se remettre en question et s’améliorer! Merci encore…bisous

    1. ton commentaire me touche beaucoup et m’attriste énormément. Je me rends compte que je ne connais pas ton histoire. Mais ce qui est certain, c’est que je sais que tu ne reproduiras pas le schéma « familial » avec Lila-Jeanne et Léon. Tu es une maman extraordinaire et bienveillante, sache le 🙂
      je te remercie en tous cas pour ton message et pour tous tes compliments. bises

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