Reggio

plateaux d’invitations selon Reggio

Dans la pédagogie Reggio, la part belle est laissée à l’expérimentation par les enfants. Pour cela rien de tel que des plateaux avec diverses choses dedans pour laisser libre court à leur imagination et leurs expériences. 

Voici donc deux idées de plateaux, que vous pouvez décliner selon les goûts de vos enfants ou bien le matériel que vous disposez chez vous. 

Un mot d’ailleurs sur ce fameux matériel. 

On privilégiera pour les invitations, et dans la pédagogie Reggio dans sa globalité, des petits objets en matériaux naturels, mais surtout bruts, issus de la nature : les pommes de pin, les feuilles … sont parfaites.

En terme d’outils, il peut être intéressant également de mettre à la disposition des objets de la nature : une branche, une pierre pour couper … Mais si vous voulez proposer des outils à votre enfants, je vous invite à utiliser de vrais objets : par exemple des ciseaux qui coupent véritablement et non pas ces ciseaux « sécurisants » en plastique, qui ne coupent ni les doigts, ni rien du tout d’ailleurs. Sous la surveillance des parents, les enfants apprendront à les manipuler afin de ne pas se blesser avec. 

Enfin, notons également l’intérêt des matériaux de récupération afin de permettre aux enfants de libérer leur imagination. 

J’ai choisi de présenter à chaque fois le même plateau, en même temps à Zélie et Malo afin que je puisse observer la manière dont ils vont réagir devant le matériel et les solutions qu’ils vont trouver. 

Par ailleurs, et c’est là toute la difficulté pour l’adulte accompagnant, il est nécessaire d’intervenir le moins possible dans le processus de création de l’enfant afin de ne pas le gêner dans sa recherche, dans son expérimentation et ne pas le troubler dans son imaginaire. Chaque intervention de l’adulte va brider l’enfant. 

Bien entendu, il est nécessaire que l’adulte soit aux côtés de l’enfant afin d’intervenir en cas de besoin, c’est à dire si l’enfant le demande expressément, ou bien en cas de sécurité, par exemple s’il risque de se blesser avec une paire de ciseaux (ou de couper la nappe ^^) 

1. premier plateau d’invitation

Dans chacun des plateaux (un par enfant donc), j’ai mis une boule de pâte à modeler, violette pour Zélie qui adore cette couleur, et bleue pour Malo parce que c’est l’une des couleurs qu’il sait reconnaître, quelques coquillages récupérés sur la plage lors de nos vacances en Bretagne et une dizaine de bâtons d’esquimau. 

Si d’emblée, Malo s’est emparé des objets, Zélie a davantage réfléchi : qu’est-ce que je dois faire avec ça Maman ? est-ce que je peux faire ci ? et ça ? elle a posé beaucoup de questions, elle avait besoin de se rassurer certainement, ma petite puce qui peine à avoir confiance en elle. Je lui ai expliqué qu’elle pouvait faire ce qu’elle voulait avec le matériel qu’il y a dans son plateau, et uniquement celui-ci. Dans un premier temps, je ne voulais pas qu’ils aillent chercher autre chose pour ajouter dans le tableau. Ici le but est vraiment de voir ce qu’ils sont capables de faire avec juste ces objets là. 

Revenons-en à Malo. 

Du haut de ses deux ans, mon petit bonhomme a pris l’habitude d’utiliser tout ce qui est à sa portée pour faire ses petites expériences, pour apprendre le fonctionnement de ceci ou cela, bref, il est à fond dans la manipulation et parfois cela crée de petites tensions (genre quand il décide que renverser son verre d’eau dans son assiette est une bonne idée… moi je trouve que ça l’est beaucoup moins ^^). alors autant vous dire qu’il s’en est donné à coeur joie. Pour lui, hors de question de fabriquer quelque chose, il ne s’intéresse pas du tout au rendu final, mais juste à la manipulation, aux techniques qu’il veut utiliser et développer. 

Et pourtant, oh surprise ! en malaxant sa boule de pâte à modeler, il a aperçu dans cette masse qui, à priori, avec mes yeux d’adultes était complètement difforme, quelque chose qui lui a fait tilt !!! « oohhhhhh Maman ‘egad’ : inocé’os !! « 

Imaginez sa fierté de me montrer sa découverte, j’en étais terriblement touchée ! 

Une fois qu’on a bien observé le rhinocéros sous toutes ses coutures, sans aucun état d’âme il l’a mélangé au reste de la pâte à modeler. Preuve en est que le résultat, il s’en fiche complètement. 

En revanche, planter les bâtons dans la boule de pâte, faire des empreintes de coquillages, façonner des boules pour mettre dans les coquillages ou bien les recouvrir complètement de pâte, ça c’était vraiment top ! Il m’a demandée de lui apprendre à faire des boudins (« peut fai’ boudin maman ? » ) et une fois qu’il avait compris le principe j’ai été priée de ne plus toucher sa pâte à modeler.

Du côté de Zélie, la concentration était de mise. Il semblerait qu’à 4 ans, on accorde davantage d’importance aux techniques qui demandent de la minutie, afin de réaliser quelque chose. Car Zélie ça ne l’intéresse pas de manipuler pour dire de toucher, il faut toujours qu’il y ait un but final à ses expérimentations. A fond dans ses créations, elle a passé toute l’activité à me raconter ce qu’elle faisait, les gestes qu’elle utilisait, les détails qu’elle imaginait et qu’elle retranscrivait à l’aide de ses objets : ici des sucettes, là un bonhomme de neige … Et pour arriver à ses fins, ma puce jetais souvent des coups d’oeil furtifs du côté de son frère pour voir s’il n’y avait pas de bonnes idées à glaner par là-bas. Au début elle m’a beaucoup demandée de faire à sa place, il a fallu que je lui explique qu’il fallait qu’elle prenne l’initiative de réaliser ce qu’elle souhaitait, qu’elle persévère quand c’était un peu plus compliqué et qu’au final elle serait très heureuse de voir qu’elle y arrivait seule, sans mon aide. Ma présence était donc, pour elle, rassurante, je n’ai pas hésité à complimenter son travail, les gestes qu’elle faisait et lorsqu’elle me le demandait, je la conseillais. 

2. deuxième plateau d’invitation. 

Pour celui-ci je suis partie d’un constat : depuis plusieurs jours, Malo cherche à tout prix à vouloir utiliser des ciseaux comme sa grande soeur, il se prend littéralement de passion pour ces petits outils. C’était donc l’occasion de lui proposer une activité autour des ciseaux. 

Dans le plateau j’ai disposé deux feuilles blanches cartonnées, deux feuilles marron imprimées beaucoup plus fines, une paire de ciseaux, une perforatrice et un tube de colle par enfant. 

Cette fois, ça a été au tour de Malo d’observer attentivement sa soeur, d’instinct il sait qu’il trouvera auprès d’elle les informations dont il a besoin quant à l’utilisation de chacun des objets dans le plateau puisqu’elle les manipule quasiment quotidiennement. Et c’est en regardant Zélie faire qu’il a compris que la perforatrice permettait de découper des formes dans le papier et que le tube était là pour coller les éléments entre eux. Une fois que ça, c’était acquis, il a fait son petit truc dans son coin. 

Et ici, Zélie a pris davantage confiance en elle : on était dans un domaine qu’elle maîtrise quasiment parfaitement, elle qui passe son temps à découper, à utiliser les perforatrices et à coller tout et n’importe quoi ! Pas de coup d’oeil vers son frère, pas de demande d’aide à moi, elle a été complètement autonome si bien que quand elle a eu fini son découpage/collage, elle a voulu recommencer avec d’autres papiers, d’autres perforatrices ^^ 

Ce qui est bien avec ce genre de plateaux c’est qu’ils sont déclinables à l’infini, que vous souhaitez suivre une thématique particulière ou bien cibler une technique. Mais cependant, il ne faut pas oublier que dans la pédagogie Reggio, on ne va pas diriger un enfant. Oubliez donc vos représentations lorsque vous mettez devant votre enfant ce genre de plateau ! Si vous vous attendez qu’il réalise un bonhomme de neige ou bien une maison, à coup sûr vous aurez envie d’intervenir, ne serait-ce qu’en lui disant : « allez aujourd’hui, avec ce matériel, tu vas faire un oiseau » ! Ici, l’intérêt premier des invitations est de laisser l’enfant face à lui-même, ses envies et son imagination. C’est vrai que ce n’est pas toujours évident de s’effacer, d’être en retrait et de ne faire qu’observer, c’est vraiment une technique qui s’apprend à force de la mettre en place, mais je vous assure que tout cela est très riche d’enseignement, pour vous parce que vous aurez le loisir d’observer votre enfant, sa manière de faire, toutes les étapes qu’il suit, mais également pour votre enfant qui aura la chance de manipuler, d’expérimenter et de mettre en oeuvre des solutions pour arriver à ses fins. 

âges des enfants au moment de la présentation des plateaux : Zélie : 4 ans et 3 mois, Malo : 2 ans et 3 mois

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