Reggio

Août : notre mois Reggio

Il y a un an tout juste commençait notre tour d’horizon des pédagogies alternatives. Je vous avais expliqué que le Grand Guide des Pédagogies Alternatives m’avait donné envie d’en apprendre davantage sur toutes ces pédagogies d’une richesse incomparable.

On avait commencé avec Maria Montessori, puis Charlotte Mason, ensuite Célestin Freinet et puis Steiner-Waldorf. J’avais un peu laissé tomber nos immersions par la suite pour la simple et bonne raison que je me suis laissée envahir par tous nos projets, et surtout notre mariage qui a eu lieu le 30 juin dernier (je vous prépare un bon gros pavé aux petits oignons d’ailleurs ^^)

Mais maintenant que toute cette effervescence est derrière nous, j’ai profité du mois de juillet pour me réorganiser.

Et au mois d’août, on a fait la connaissance de la pédagogie Reggio, et croyez-moi, j’ai pris énormément de plaisir à me documenter là-dessus.

Mais Reggio, c’est qui ?

Eh bien Reggio ce n’est pas quelqu’un. Si pour certains ça paraît tellement logique, moi, il m’a fallu un moment pour le comprendre. Reggio n’est pas une personne mais une ville. Une ville qui s’appelle Reggio-Emilia en fait, située au nord de l’Italie, dans la province d’Emilie-Romagne.

Allez, vous êtes prêt, je vous emmène avec moi dans cette ville italienne, à la découverte de Reggio, sur les pas de Loris Malaguzzi. J’espère que vous êtes installé confortablement, parce que j’en ai des choses à vous raconter !

Pourquoi j’ai choisi Reggio pour le mois d’août ?

Depuis que je suis sur Instagram, j’admire avec bonheur les publications d’une enseignante québécoise qui applique la pédagogie Reggio dans sa classe avec ses élèves. Elle s’appelle L’Enfantaisie et elle est hyper passionnée par son travail ! J’aurais adoré l’avoir comme enseignante !

Et puis, ma copine Melissa calée sur les pédagogies alternatives partage également sur son compte Instagram beaucoup d’activités inspirées de Reggio.

Tout cela m’a questionnée et je me suis dit que c’était donc le bon moment pour m’y intéresser de plus près.

Comme à mon habitude, j’aime partir à la recherche d’ouvrages afin de m’instruire sur les théories mais également sur la pratique. Je me suis dit que pour Reggio, je n’allais pas savoir où donner de la tête devant le nombre impressionnant de bouquins qui allait s’offrir à moi.

Et à ma grande surprise, il y en a très peu. En fait, en français, il y en a que deux que j’ai trouvé suffisamment intéressants : « le grand guide des pédagogies alternatives », bien sûr qui consacre tout un chapitre sur Reggio, mais également « la pédagogie à Reggio Emilia, cité d’or de Loris Malaguzzi ».

Ce dernier est un ouvrage tout à fait particulier, bien différent de ceux qui sont habituellement consacrés aux pédagogies alternatives et mis à disposition du grand public. Ici, point d’idée d’activités, pas de pratico-pratique. Il s’agit de la publication d’une thèse, celle d’Emilie Dubois, actuellement maître de conférence à l’université de Rouen, au département Sciences de l’Education, écrite en 2015. C’est donc un ouvrage que je qualifierai de scientifique, bien loin de ce que j’ai tendance à lire actuellement, mais qui me ramène à mes premières amours, la passion que j’ai eue pendant mes études, en Sciences de l’Education justement, à dévorer les ouvrages de ce type.

Je me suis donc appuyée sur ces deux livres afin de me plonger dans cette pédagogie que je ne connaissais absolument pas !

Si la ville de Reggio-Emilia a vu naître cette pédagogie, ce n’est pas par hasard. Alors avant de vous parler pédagogie, je crois qu’il est intéressant de faire un peu d’histoire.

On va remonter assez loin, au 18° siècle, en 1796 pour être précise. A cette époque, les troupes de Napoléon sympathisent avec les partisans italiens. La célèbre devise de la France, « Liberté, Egalité, Fraternité » ne les laisse pas insensibles, encore moins notre drapeau tricolore, qu’ils adoptent rapidement, sauf qu’à la place du bleu, ils mettent du vert pour rappeler l’uniforme des milices de Milan. Eh oui, les envies de démocratie et d’indépendance de l’Italie sont nées à Reggio-Emilia qui a proclamé son indépendance en 1796.

Et ça, c’est important pour comprendre le reste !

Alors je le répète : la première ville italienne a être indépendante est Reggio-Emilia.

Les notions de liberté et de démocratie sont profondément ancrées dans l’histoire de la ville et vont influencer son développement. 

Parce que n’oublions pas que l’Italie, dans sa forme actuelle, démocratique et républicaine, est assez récente, puisque la République d’Italie a été proclamée en 1946, à la fin de la seconde guerre mondiale.

Bon est quel est le rapport avec la pédagogie Reggio, ou plutôt, comme disent les experts, l’Expérience Reggio ?

Eh bien parce qu’à la fin de la seconde guerre mondiale, Reggio-Emilia est aussi le théâtre une autre petite révolution : celle du monde de l’éducation. En effet, au sortir d’une sombre période fasciste, l’Italie a besoin de nouvelles bases et c’est auprès des enfants qu’on se tourne, parce qu’ils sont les citoyens, non pas de demain, mais d’aujourd’hui, ils ont besoin de vivre dans un environnement démocratique. En fait, l’éducation est le seul moyen d’éviter le retour du fascisme.

Dans un petit village à quelques kilomètres de la ville, on décide de créer une école destinée aux enfants de 3 à 6 ans, dans un pays où jusqu’alors, les maternelles n’existaient que pour préparer les enfants à entrer en primaire. Cette école, c’est la population qui en a voulu, c’est la population qui la construit. Et c’est ce qui fait toute la particularité de la pédagogie Reggio, à Reggio-Emilia : l’école est un lieu ouvert, accessible à tout le monde et où tous les acteurs ont leur mot à dire : les enseignants bien sûr, les enfants évidemment, mais aussi les parents, les pouvoirs publics mais aussi et surtout : la population qui finance et donne de sa personne pour la construction.

C’est à ce moment là qu’intervient celui qui est à l’origine de la pédagogie Reggio en elle-même : Loris Malaguzzi.

D’emblée, ce personnage m’a paru fort sympathique. Déjà parce qu’à aucun moment il se met en avant. Il militera toute sa vie pour que la pédagogie qu’il a créé porte le nom de la ville et non pas le sien. Quel bel exemple d’humilité n’est-ce-pas ? Et puis parce que, face à ses détracteurs, et il va y en avoir, il n’aura de cesse de vouloir créer le débat, d’avoir des discussion constructives. Enfin, c’est un homme qui, durant toutes ces années se remettra en question afin d’être certain que la pédagogie qu’il a créé est la meilleure pour les enfants de Reggio.

Loris Malaguzzi est un travailleur passionné, qui consacrera sa vie à l’enseignement à sa pédagogie. C’est aussi un homme très exigent qui ne se contente que du meilleur, que ce soit dans ses relations ou dans ses réflexions. C’est donc pour cette raison que dans les écoles Reggio, le matériel est d’une grande qualité et l’architecture très moderne.

Les écoles Reggio justement, parlons-en. Elles sont au nombre de 34 et pas une de plus. Parce qu’il existe à Reggio Emilia un organisme qui distribue au compte-gouttes et après un examen très rigoureux un espèce de label. Ce qui est aussi le plus incroyable c’est que la totalité de ces écoles se trouve dans la ville de Reggio-Emilia. Il y a bien eu une tentative outre Atlantique, mais cette école a perdu rapidement son label.

Parce que, contrairement à la pédagogie Montessori ou Freinet pour ne citer qu’elles, l’expérience réggiane est avant tout une réflexion, une philosophie créée non pas pour être répandue dans le monde entier, mais pour fonctionner parfaitement, dans un contexte particulier et dans une ville unique.

Voilà donc pourquoi il n’existe que très peu de livres qui parlent de la pédagogie Reggio.

Je pourrais encore vous parler longuement de cette pédagogie que j’ai découverte et pour laquelle j’ai eu un véritable coup de coeur, mais mon article est déjà bien long.

Je vous propose plutôt un petit focus de ce qui fait la singularité de la pédagogie Reggio, vous allez voir, c’est passionnant et extrêmement intéressant. 

1. une vision extrêmement positive de l’enfant.

Pour Loris Malaguzzi, l’enfant est un être humain au même titre que l’adulte. Il ne lui est pas inférieur, il est juste différent, mais bourré de potentialités. En fait, pour faire simple, dans les écoles Reggio, on a une confiance aveugle en l’enfant, qui est capable d’apprendre par lui-même. Et cet apprentissage spontané se fait en deux temps : l’observation, puis l’expérience. Et pour que les expériences soient bénéfiques, il est nécessaire de laisser l’enfant s’exprimer. C’est ce que Loris Malaguzzi appelle les 100 langages de l’enfant :

  • le langage classique (l’écriture, la parole
  • le langage graphique
  • le langage du corps
  • le langage symbolique
  • le langage du toucher
  • le langage plastique
  • le langage musical

Permettre à l’enfant de développer ses 100 langages c’est lui permettre de communiquer avec autrui de différentes manières. Plus la communication se fera par des axes variés, plus l’enfant arrivera à faire passer son message de manière compréhensive. 

2. l’enfant chercheur

La question de la recherche, de l’expérimentation est au coeur des apprentissages dans la pédagogie Reggiane. En effet, l’enfant est amené à faire des essais, à multiplier les tentatives jusqu’à ce qu’il arrive au résultat qu’il recherche. En aucun cas l’erreur est considérée comme un échec. Bien au contraire l’erreur est elle-aussi incluse dans le processus d’apprentissage puisqu’elle permet à l’enfant d’avancer dans sa progression, de gagner en maturité et en expériences. 

L’expérience a de nombreux avantages : elle va permettre de libérer la créativité de l’enfant qui pourra prendre les chemins qu’ils juge nécessaire pour répondre à la problématique qu’il s’est posée. Elle va aussi graver bien plus durablement les apprentissages puisque l’enfant est acteur de l’acquisition de la connaissance, c’est lui qui sera parti à sa recherche. L’expérience va également enrichir ses compétences, puisque pour réaliser l’expérience, il va utiliser les acquis précédents. Enfin, permettre à l’enfant d’expérimenter ne peut que favoriser sa motivation. 

3. L’enfant est un membre à part entière de l’école. 

Etant donné l’histoire de la création des écoles pré-scolaires à Reggio-Emilia et le fait qu’elles soient auto-gérées, celles-ci fonctionnent sur un modèle démocratique où tous les protagonistes ont leur mot à dire et sont au même niveau : l’équipe pédagogique bien entendu, mais aussi les élèves, leurs parents, les pouvoirs publics et enfin la population qui a aussi participé à la création de l’école. 

Au sein même de l’école, le travail en groupe est mis en avant, parce que l’apprentissage par les pairs est une notion très chère à Loris Malaguzzi. 

4. l’enfant, cet être créatif. 

L’enfant est par nature un être créatif, il vous suffit d’observer le(s) vôtre(s) lorsqu’ils sont dans leur univers ! L’imaginaire des enfants est extrêmement riche parce qu’il n’est pas bridé et la pédagogie Reggio tend à vouloir garder cette richesse, nécessaire à la construction de l’enfant. 

Pendant le temps scolaire, l’enseignant se doit d’entretenir et de valoriser la créativité des enfants, en s’intéressant aux processus et non aux résultats. 

Voilà en quelques mots les valeurs défendues par la pédagogie Reggio. 

Je vous propose maintenant de nous intéresser à l’organisation pédagogique et à la disposition des salles dans l’école. 

Déjà, toutes les écoles sont construites dans le même objectif : faire cohabiter tous les protagonistes de l’école (l’équipe pédagogique, les élèves, les parents, les pouvoirs publics, la population). Par ailleurs, l’environnement scolaire est de qualité, chaleureux, accueillant, confortable afin que les enfants se sentent bien dans leur école et qu’ils puissent se déplacer en toute liberté.

Dans les écoles Reggianes, vous ne trouverez pas beaucoup de portes mais de grandes fenêtres. Tout est fait pour permettre la communication. On bannit l’isolement au profit du groupe. 

– l’entrée est le lieu d’accueil de tout ce petit monde, le lieu où sont disposés de nombreux panneaux d’informations à destination des adultes et des enfants, des photos prises pendant les activités des enfants, et bien entendu les créations des enfants. 

– dans cette entrée il y a une espèce de place centrale avec une immense pyramide de miroirs qui permet aux enfants de pouvoir se regarder, s’observer, ce qui est essentiel dans l’acquisition de la confiance en soi. 

– dans l’école il y a ensuite les salles de classe divisées en deux pièces (mais je vous explique ça un peu plus bas), une salle de musique, les archives, la cuisine, la cantine et la bibliothèque. 

Au niveau du personnel pédagogique : 

– les enseignants : ils sont toujours 2 par classe : un qui anime et l’autre qui observe. Ces rôles n’incombent pas toujours au même enseignant. Ce qui est chouette c’est que ce binôme suit les élèves, et non pas comme dans nos écoles traditionnelles, un enseignant, toujours le même, par niveau. Comme je vous l’ai expliqué, l’apprentissage autonome est la règle, aussi l’enseignant est là pour orienter les élèves, mais aussi pour faire en sorte que soient réunies toutes les conditions pour l’apprentissage. C’est à l’enseignant de s’adapter aux élèves et non pas l’inverse. 

– Les classes sont divisées en deux pièces. La première est donc la salle de classe, classique, et la deuxième c’est l’atelier. L’atelier c’est le domaine de l’atelierista, un éducateur qui maîtrise parfaitement les arts, compétents dans toutes les techniques et créatifs. C’est grâce à lui que l’enfant va développer ses 100 langages. Tout comme les enseignants, l’atelierista accorde une grande importance à l’observation des élèves. 

– le pedagogista c’est une personne, au sein de l’école qui va faire fonctionner le réseau composé de tous les acteurs de l’école. En règle générale, un pédagogista a en charge plusieurs établissements scolaires. Il est le garant des idées de la pédagogie Reggio.

– les aides auxiliaires sont présentes en appoint aux enseignants. Mais cela ne fait pas d’elles des personnes moins importantes, puisque selon les idées de Loris Malaguzzi, elles ont un rôle prépondérant et leur avis est pris en compte au même titre que celui des autres acteurs

– le cuisinier est complètement intégré à l’équipe pédagogique. Son rôle éducatif est essentiel puisqu’il va apprendre aux enfants la nécessité d’une alimentation équilibrée. Alors que dans notre système scolaire actuel, la cuisine est à part, toujours fermée, comme une sorte de lieu interdit, ici, les enfants peuvent s’y rendre à volonté, et participer à l’élaboration des menus pour le repas du midi

– les parents ont eux aussi une place essentielle dans l’école parce que la continuité entre l’école et la maison est primordiale pour que l’éducation des enfants soient la plus linéaire possible. Les compétences des parents sont reconnues et prises en compte, il n’y a pas ce clivage qu’on peut trouver dans certaines écoles classiques où l’enseignant est un peu maître dans son royaume. Après tout, n’oublions pas que les parents sont les premiers adultes à connaître parfaitement leurs enfants. 

– le conseil enfance/ville est une instance qui siège au conseil municipal de la ville de Reggio/Emilia. Encore une fois, l’ouverture auprès des acteurs locaux est importante. Dans ce conseil enfance/ville il y a des représentants du corps éducatif, des enfants, des parents et des citoyens qui sont élus pour quelques années et qui s’investissent afin que le lien entre la famille et l’école soit le plus qualitatif possible. 

A disposition des enfants et des adultes dans ces écoles, il y a toute une batterie d’outils pédagogiques qui permettent de faciliter les enseignements. 

– il y a tout d’abord l’atelier qui a pour fonction de laisser s’exprimer librement les 100 langages des enfants et de rendre leurs apprentissages bien plus concrets. La pédagogie Reggio est ouverte sur le monde et sensible aux avancées technologiques, aussi, les technologies de l’information et de la communication ont trouvé leur place dans les apprentissages. Selon Loris Malaguzzi, l’art, la créativité est primordiale dans l’éducation parce qu’elle permet d’emprunter des chemins différents pour arriver à l’acquisition d’un apprentissage, selon les sensibilités de chacun. Il n’y a pas un seul chemin pour arriver à destination, mais une multitude de routes, autant qu’il y a d’élèves. 

– un autre outil qui a une place prépondérante dans le cursus scolaire c’est le projet, lui même découpé en plusieurs mini-projets. Les projets naissent des réflexions, des questionnements des enfants. Encore une fois, les enseignants qui observent l’avancé du projet vont tenter d’intervenir le moins possible et d’observer afin d’apprécier les techniques, le processus qui mène au résultat, celui-ci étant important bien entendu, mais beaucoup moins que la progression. 

plusieurs qualités sont prêtées au projet dont notamment la collaboration entre pairs, la créativité bien sûr, la liberté que le projet procure, le générateur de communication et surtout sa richesse. 

– la documentation. tout ce que les enfants réalisent est gardé dans la salle d’archives, cela permet aux adultes et aux enfants d’y remettre le nez dedans quand ils le jugent opportun. Cette documentation est très souvent utilisée à fortiori et non pas pendant le processus d’apprentissage. Comme pour tout le reste de l’école, la documentation est accessible à tout le monde. 


Cette pédagogie a vraiment été une jolie découverte pour moi. Je me suis reconnue dans les concepts clés de Reggio (l’écoute, les ateliers, l’expérience, les apprentissages et l’art) et j’ai pris vraiment beaucoup de plaisir à proposer aux enfants des activités en rapport avec les idées de Loris Malaguzzi. 

J’ai voulu suivre une progression rattachée à la notion des 100 langages et pour cela j’ai proposé des ateliers aux enfants qui leur ont permis de manipuler différents outils, d’appréhender différentes techniques.

Pour cela, j’ai voulu, à la manière d’Anne-Cécile dans le Grand Guide des Pédagogies Alternatives, mettre en place des petits plateaux de manipulation. A chaque fois, Zélie et Malo avaient le même matériel (parfois la couleur variait ^^). J’ai pris le parti de m’asseoir avec eux et de n’intervenir dans leur progression qu’à leur demande. Afin de permettre à l’enfant de libérer tout son potentiel créatif il était essentielle que je n’oriente pas leurs gestes parce que sinon, je les bridais. Et c’est très compliqué cette posture d’adulte observateur, présent mais pas trop, sans jugement (on ne dit pas que c’est joli, on ne dit pas « attention si tu fais ainsi, tu risques de … »), en n’en faisant pas trop quand les enfants demandent de l’aide. Se cantonner à être là en support, c’est aussi prendre le risque de se brider nous, dans nos envies. Mais au final, c’est une véritable victoire parce que vous permettez à vos enfants de s’exprimer et de libérer son imagination. 

Dans mon article, quand je détaille les deux plateaux de manipulation créative, j’ai pris le parti de ne pas vous présenter de photos de l’oeuvre finale de mes enfants parce que dans ce cas, j’aurais donné bien trop d’importance au résultat alors qu’ici, ce qui est essentiel, c’est le processus. D’ailleurs pour être tout à fait honnête avec vous, je suis, à l’heure actuelle, absolument incapable de vous dire comment ça s’est terminé voyez-vous ? 

En revanche, observer mes enfants pendant leurs expérimentations, a été d’une richesse incomparable. J’ai vraiment eu de la chance de pouvoir observer ce moment, sans chercher à diriger (dans le sens donner une direction) et de voir à l’oeuvre toute la possibilité de leur créativité. 

Vous pouvez retrouver mon article sur les plateaux Reggio ici

Comme je vous l’ai expliqué, Loris Malaguzzi a à coeur de faire en sorte que l’école soit le lieu de formation de citoyens. Pour cela il est convaincu que la confiance en soi et une bonne image (et estime) de soi-même sont la clé. C’est dans cet optique qu’il a fait installer dans le hall de toutes les écoles, la fameuse pyramide faire de miroirs. 

Le miroir, justement a été l’objet d’une autre activité que j’ai trouvée passionnante tant pour moi (l’observatrice) que pour mes enfants (acteurs). Pour avoir une bonne image de soi il est primordial de commencer par être capable de se regarder de manière objective. 

Que vous dites-vous quand vous vous regardez dans votre miroir ? Moi je me dis que je me trouve fatiguée, qu’il est temps que je perde ces kilos en trop. Pour tout vous dire, le plus souvent j’évite de regarder mon reflet. Pourquoi ? Parce que je pose un regard critique sur mon image, ce que renvoie mon reflet, qu’il s’agisse du côté physique, mais aussi du fait que je me retrouve face à moi-même. 

Avez-vous déjà essayé de vous regarder de manière objective, sans critique, sans jugement ? C’est vraiment quelque chose de compliqué (en tout cas ça l’est pour moi). Mais les enfants n’ont pas ce regard critique sur eux-mêmes et j’ai fait cette expérience (oui encore l’expérience, Reggio est bénéfique pour toute la famille visiblement) qui m’a sautée aux yeux en proposant à Zélie de dessiner son auto-portrait. Non pas en dessinant avec ses souvenirs et sa mémoire, mais bel et bien en dessinant ce qu’elle voit, là, dans l’immédiat. A aucun moment, je ne l’ai vu exprimer la tristesse, ou bien le dégoût, ni même de la fierté devant son reflet, mais plutôt de la curiosité, l’envie de représenter de manière fidèle et objective l’image renvoyée par le miroir. C’était vraiment intéressant cette facilité qu’elle avait à scruter ses détails, à regarder la couleur de ses yeux. Oui, intéressant et émouvant. Je me suis fait la promesse de l’aider à garder cette capacité à se regarder objectivement, c’est pour moi la clé de l’estime de soi. 

Mon article sur l’autoportrait de Zélie ainsi que le portrait de toute la famille est ici

Dans la pédagogie Reggio et la notion des 100 langages, la profusion d’outils, de matériels et de techniques divers est essentielle, tout comme l’autonomie des ateliers. 

J’ai mis à disposition des enfants des loose parts. Il y a bien entendu tous nos petites pièces de la marque Grapat (si vous me suivez sur Instagram, vous saurez de quoi je parle, puisque je les utilise de manière régulière dans mes mandalas), mais ils n’ont que peu le réflexe de les manipuler. 

En revanche, carton plein pour les loose parts naturels, ces petits objets ramassés au fil de nos balades, que j’ai regroupés ensemble et que j’ai rangés dans de jolies boites. Les enfants aiment les manipuler, les mettre en scène, les associer avec d’autres jeux, les peindre, les observer. 

Je n’ai pas fait d’articles sur les loose parts parce que souvent, les jeux avec eux sont spontanés. Je n’ai pas le temps de dégainer mon appareil photo parce que les enfants les manipulent pendant que je prépare le repas, ou quand je fais le linge. Bref, en règle générale c’est pendant leurs jeux en solitaire et dans le calme. 

Mais voici néanmoins des photos de nos loose parts:) 

Je crois que cet article a battu tous les précédents records en terme de longueur. Il faut dire que ce mois-ci l’immersion a vraiment été totale. J’ai vite compris que Reggio ce n’était pas vraiment une pédagogie, mais plutôt une philosophie et c’est certainement pour cette raison que mes recherches, mes réflexions ont été aussi nombreuses pendant tout le mois. J’ai voulu partager avec vous mes découvertes, mon enthousiasme mais surtout ma passion naissante pour Reggio, aussi j’espère que cet article, qui fait partie de mes articles préférés je crois, ne vous a pas ennuyé et que vous avez pris autant de plaisir à le lire que moi j’ai eu à l’écrire ♥

Cela va être compliqué de quitter Reggio, mais, j’ai hâte de mettre le nez dans une nouvelle pédagogie. Pour le mois de septembre on va s’intéresser à Emmi Pickler. Je sens que cela sera un véritable défi, parce que dans mon esprit, Pickler s’est plutôt intéressée aux tout-petits 🙂 

2 Comments on “Août : notre mois Reggio

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