littérature jeunesse

L’histoire de France dessinée {Chut, les enfants lisent #126}

J’ai à coeur que nos bibliothèques regorgent de beaux ouvrages de qualité, vous savez, de ceux que nous ne nous lassons pas de feuilleter, d’admirer, de lire. Lorsque mon regard s’accroche sur un de ces albums, je ne peux m’empêcher de m’y attarder. Bien souvent, ma première impression est la bonne alors je ne réfléchis pas plus longtemps et hop, le voilà mien. 

L’ouvrage dont je vais vous parler aujourd’hui est l’un de ceux-là. 

L’histoire de France dessinée, pourtant parue chez Gallimard Jeunesse, devrait être mises entre toutes les mains tant elle rend compréhensible et accessible l’histoire de notre pays. Il s’agit là d’un projet de grande envergure comme l’explique si bien la quatrième de couverture

plus de 4 000 heures de travail, 600 tubes de peinture, 100 plumes et pinceaux, 5 tonnes de papier, 10 000 litres de café, 600 000 gros jurons, 150 000 portes claquées, 3 000 litres d’hémoglobine, 1 001 nuits blanches, 300 grimoires déchiffrés, 50 rouleaux de papier toilette (pour servir de buvard), près de 5 000 figurants (dont pas mal de squelettes) et autant de costumes ont été nécessaires à la réalisation de cette grande fresque historique […]

Avouez que ça donne l’eau à la bouche. Pourtant, rien n’est plus commun que l’Histoire, parce que l’histoire de l’Histoire de France, on la connaît, on n’est pas surpris de la fin. Cependant, cet album est d’une richesse incomparable, tant par sa forme que par le style. 

Présentée sous la forme d’une encyclopédie, nous n’avons pas encore ouvert le livre que nous savons déjà que nous sommes en présence d’un bel ouvrage, presque de collection de par la qualité des matériaux utilisés. C’est toujours un grand plaisir que de pouvoir admirer et manipuler de beaux objets tels que celui-ci. 

A l’intérieur, l’on suit l’histoire de France, depuis les Gaulois jusqu’à 2016 et le voyage de Thomas Pesquet dans l’espace. Mais tout commence par la préface signée d’un historien qui explique que si l’histoire de France n’a pas changé, ce qui évolue avec le temps ce sont les partis pris et les idéaux. Car l’histoire de France à travers le regard de Napoléon n’est pas la même que celle des anciens manuels scolaires. Pour Guy Lobrichon, l’histoire c’est avant tout un enjeu pour l’avenir car il faut connaître l’histoire, son passé pour construire son futur, ne pas répéter les mêmes erreurs, se souvenir des héros et des choses qui ont fonctionné. 

D’emblée lorsqu’on commence la lecture de l’ouvrage, on est surpris par le ton employé par l’autrice : un mélange de faits très précis et très justes, mêlé à l’humour qui permet d’avaler la manne d’information qui s’offre à nous. 

Le livre suit une construction logique du début à la fin : une belle fresque qui occupe les 3/4 des pages, et le texte, en bandeau tout en bas. Ainsi, tout en lisant les faits, les mots sont illustrés grâce au talent de l’illustrateur. 

Tout est si clair et si compréhensible, chaque événement est relaté simplement mais cependant avec un vocabulaire très riche et pointu. En effet, le champ lexical est vraiment celui de l’histoire, on n’oublie pas de nommer les peuples sous prétexte qu’ils n’existent plus. Ainsi on parle de barbares, de Huns, de Vandales, de Burgondes, des Protestants, du Roi-Soleil, de Colbert … 

Au fil des 139 pages, on redécouvre alors avec un grand plaisir notre Histoire de France, des dates restées dans notre souvenirs après avoir du les apprendre par coeur sur les bancs de l’école, des personnages dont le nom nous dit vaguement quelque chose, ou bien d’autres qui avaient marqués notre esprit. 

Sous la plume de Béatrice Fontanel et les pinceaux de Maurice Pommier, l’histoire de France est passionnante, belle et vivante. 

Je me suis délectée des illustrations magnifiques, d’une grande précision, au style délicieusement rétro. Tout y est, l’humour, les détails, les couleurs. Maurice Pommier utilise un parti pris très intéressant pour captiver son lectorat notamment lorsqu’il représente la peste noire par des squelettes emportant les malades. 

Sur chacune des fresques, on a l’impression que le tableau est vivant, qu’on observe une scène de vie plus ou moins banale et c’est certainement ce qui participe à l’intérêt de l’album : voir les moutons qui résistent lorsqu’ils sont emmenés de force dans le navire. Ont-ils peur du bateau ? des cris des Vikings ? Et ces personnages qui admirent la girafe au Jardin des Plantes ? Que sont-ils en train de penser ? ils la regardent avec tant d’intérêt qu’on oublierait presque qu’ils sont venus avec une grande marmite. Le texte nous explique alors que la famine oblige les habitants à dévorer les animaux. Tous les animaux. 

La dernière double page diffère du reste de l’album, la construction n’est plus la même comme pour effectuer une cassure. On n’est plus dans l’histoire mais bel et bien dans le présent, en 2016. L’illustration toujours aussi belle représente la silhouette de la France, c’est à dire un ensemble de personnes, toutes différentes. 

Et à travers ces dernières lignes, on ressent l’amour profond que portent les auteurs à la France. 

maintenant nous tenons notre histoire de bout en bout, et le visage familier de notre vieux pays nous apparaît. Bien à l’abri de ses montagnes et de ses grands fleuves, la France est un hexagone, avec un grand nez de Cyrano qui s’avance dans l’océan comme pour respirer l’air du large, et une bouche bien fendue formée par l’estuaire de la Garonne. Ses rois, ses empereurs et ses présidents ont tenté de préserver son unité et sa cohérence, et la France a tenu bon dans ses frontières. Ce visage, nous le reconnaissons aussitôt et il semble même nous sourire. 

J’aime aussi l’ouverture faite en conclusion. L’histoire de France est intimement liée à celle de ses voisins, à celle de l’Europe et il est nécessaire de s’ouvrir à l’Europe pour avancer en totale conscience vers notre avenir, un avenir commun. 

Vous l’aurez compris, je suis tombée sous le charme de ce magnifique ouvrage et j’espère, avec mes mots et quelques photos avoir pu vous transmettre un peu de l’essence de « l’histoire de France dessinée ».  Si comme moi vous aimez les beaux ouvrages, vous recherchez des livres empreints d’une grande qualité pour vos enfants, nul doute que vous apprécierez celui-ci. 

Ceci est ma cent-vingt-sixième participation au rendez-vous Chut, les enfants lisent

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