littérature jeunesse

Les bruits de la ville {Chut, les enfants lisent #129}

Il est vrai que j’ai plutôt l’habitude de vous présenter des ouvrages qui mettent en valeur la nature qui nous entoure et les animaux qui peuplent notre belle planète. Je suis tellement passionnée par la faune et la flore que ça se ressent jusque dans nos choix littéraires.

Cependant, aujourd’hui, je vais faire une petite entorse, puisque le livre qui sera à l’honneur sur cette page traitera de la ville.

klaxons, sirènes, marteaux piqueurs râleurs ! Gaston en a assez de tous ces bruits. En naviguant dans cette grande ville, saura-t-il transformer la cacophonie en symphonie ?

Un livre sur les bruits ? Et sans puce sonore ? Le pari est audacieux n’est-ce pas ?

Dans cette histoire terriblement poétique, Gaston, notre petit héros ne supporte plus la cacophonie de la ville. Entre les bruits des véhicules, des gens qui crient, des travaux, il n’en peut plus. Une nuit, il décide alors d’aller se percher en haut de l’arbre le plus haut de la ville. Depuis son piédestal, il entend toujours les bruits de la ville, mais moins fort : ils sont remplacés par ceux des oiseaux, de la tempête. Et après cette brève accalmie ce sont les bruits du ciel qui ont pris le relais.

Gaston se concentra sur un bruit différent des autres. Non, en fait ce n’est pas un bruit, mais un son. Quelle est la différence ? allez-vous me demander. Eh bien pour Gaston, le bruit est désagréable, le son chatouille ses oreilles. Guidé par la mélodie qui l’attire irrésistiblement, il va alors découvrir que c’est une jeune dame qui joue du violoncelle au coin d’une rue. Au bout de quelques minutes, elle rentre alors chez elle, mais cette parenthèse hors du temps a changé la perception de Gaston. Maintenant, les bruits de la ville semblent plus agréables. C’est certain, c’est grâce à la dame et à son violoncelle.

Finalement, quand on prend la peine d’écouter les bruits de la ville, on se rend compte de l’activité, de la vie qu’il y a dans la ville. Les enfants qui jouent, les travaux qui embellissent la cité, les nuages, la pluie et le vent qui rythment la météo, les oiseaux et les feuilles des arbres qui rend la ville plus naturelle.

Moi, je suis plutôt comme le Gaston du début, je suis vite gênée par les bruits de la ville. Je ne supporte pas les vrombissements des voitures, les klaxons des gens pressés, le bruit des travaux. A contrario, le ronronnement des tracteurs, le meuglement des vaches, le chant des oiseaux ne m’ont jamais dérangés. Grâce à Gaston et sa déambulation, j’ai compris qu’il y a d’autres manières d’écouter la ville, que tous ses bruits témoignent de la vie.

Cet album a un format qui lui sied à merveille. Vertical comme les bâtiments qui poussent en ville, comme l’arbre le plus haut dans lequel Gaston se réfugie.

De prime abord, on serait tenté de trouver les illustrations très simples. Cependant, afin de s’inspirer pleinement de l’atmosphère il est nécessaire de s’arrêter et de les observer. Petit à petit, la cacophonie qui règne dans la ville s’empare de nous. Sébastien Chebret réussit un tour de magie : faire en sorte que les lecteurs entendent les bruits de la ville, juste en regardant les illustrations. Je vous l’avais dit, c’est magique !

Et comment entendons-nous les bruits avec les yeux ? A travers un savant mélange d’onomatopées (vous savez ? ces mots qui caractérisent un bruit : BOUM, TUTUT, PLOUF …) et de petits dessins tels que des tourbillons, des étoiles, des traits, des signes de ponctuation, des éclairs.

En fait, toutes les pages sont truffées d’indices qui nous permettent d’entendre les bruits, juste en observant le livre : un marteau-piqueur avec des éclairs à côté, une jeune fille qui fait du djembé avec des notes de musique qui s’envolent, des oiseaux le bec grand ouvert, des personnages la bouche ouverte, des chats, des tourbillons qui transportent des feuilles, des instruments de musique disséminés tout au long des pages.

Et puis, après la rencontre d’Oscar et de la musicienne, la cacophonie représentée par des lignes droites, des lignes brisées, un certain bazar en somme, se transforme en mélodie. Les notes de musique remplacent les symboles que je viens de citer : les bruits de la ville deviennent alors une symphonie agréable à écouter.

Comme je vous l’ai dit, l’album est plein de petits clins d’oeil à la musique. Par exemple, sur la toute première page, celle où il y a le titre. On voit en arrière plan les maisons colorées d’où s’échappent des bruits qui ne semblent pas très agréables. En premier plan, 5 lignes courbes. Elles représentent des fils électriques, pour rappeler la ville ? ou bien les cinq lignes de la partition de musique ? Si l’on part sur cette idée, on se rend alors compte que les maisons sont posées sur les fils tels des notes de musique. Mais le fait qu’elles ne s’accordent pas, ça renvoie donc l’image d’un bruit désagréable aux oreilles, un peu comme un violon dans les mains d’une personne novice.

Et puis sur la toute dernière page, le même dessin : les maisons colorées, les cinq lignes. Mais ici, ce sont des notes de musique qui sortent des cheminées, cela nous permet d’imaginer une musique mélodieuse qui nous fait plaisir et nous détend.

Au delà des mots employés dans l’album, le champ lexical de la musique est extrêmement présent dans les illustrations : des instruments de musique çà et là, des notes de musique, ces fameuses 5 lignes (en vrai, on les appelle les portées), des espèces de virgules qui sortent des pots d’échappement (qui ressemblent beaucoup à des clés de fa), un métronome au loin, la grue qui ressemble à un piano, la cheminée qui ressemble à une flûte, l’arbre qui a une silhouette de guitare … je ne peux pas tous vous les citer, d’une part parce qu’il y en a beaucoup et d’autre part parce que je vous laisse les découvrir par vous mêmes.

Cet ouvrage est une belle, une magnifique surprise. On y parle de la ville et de la vie foisonnante, bruyante qu’elle abrite. Mais aussi et surtout on y parle de musique d’une manière des plus originales. Quelle belle idée de faire découvrir la musique, à travers la poésie et le dessin, c’est un parti-pris que j’aime beaucoup et j’admire l’autrice et l’illustrateur d’avoir autant de talent dans leur domaine pour nous toucher aussi profondément.

D’autres livres sur la ville :
– la ville aujourd’hui
– Funambule

Et des livres sur la musique :
une sélection d’ouvrages sur la musique
Pierre et le Loup
Pop-up percussions

Ceci est ma cent-vingt-neuvième participation au rendez-vous Chut, les enfants lisent. 

Livre offert par les éditions du Ricochet.

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