littérature jeunesse

Moi aussi, j’ai des droits {Chut, les enfants lisent #132}

Qu’est-ce qui nous fait acheter tel ouvrage de littérature de jeunesse plutôt qu’un autre ? Voilà une question qui mérite d’être posée.

La couverture est pleine de promesses ? Le titre nous questionne ? Ou bien l’on en a entendu que du bien?

Et puis il y a ces albums dont on sait d’ores et déjà qu’ils intégreront notre bibliothèque, sans en connaître l’essence, sans avoir même vu la couverture. Et pourquoi donc alors ? Eh bien parce que nous faisons confiance aux auteurs.

Et c’est de l’un d’entre eux dont je voudrais vous parler aujourd’hui, un ouvrage qui a été dans ma liste d’envie dès lors que l’autrice a mentionné qu’elle écrivait un album de littérature de jeunesse.

L’autrice ? Soline Bourdeverre-Veyssiere. Vous ne la connaissez pas ? Soline est l’autrice du blog S’éveiller et s’épanouir de manière raisonnée, l’autrice de deux ouvrages destinés à un public adulte : j’ai confiance en toi et j’accompagne les émotions de mon enfant, enseignante et maman de deux enfants. Aussi touche-à-tout que passionnée, Soline partage avec sa communauté, sur son blog, son compte Instagram ou sa page Facebook, sa vision de la bienveillance, de la parentalité et de l’accompagnement respectueux, vision que je partage en tout point avec elle.

Pour son premier album destiné au jeune public, elle s’est associée à une illustratrice pleine de talent : Julie Zeitline. Maman elle aussi, Julie est également co-autrice d’un coffret de jeu de 7 familles sur le thème du bien-être.

 

Et c’est la rencontre entre la douce Soline et la pétillante Julie qui a donné naissance à ce joli bébé.

« Moi aussi, j’ai des droits » fait partie, selon moi, des albums engagés, mais dont l’écriture, très intelligente, permet d’être compris et intégré par tous. Car le sujet ici est aussi important qu’il est difficile à aborder avec ses enfants : leurs droits. Car la déclaration universelle des droits des enfants ayant été ratifiée en 1959 par les membres des Nations Unies, il n’en demeure pas moins qu’on entend davantage parler des devoirs de chacun en oubliant parfois que les enfants aussi ont des droits.

Alors bien sûr, il y a les droits dits élémentaires : être nourri, habillé, avoir un toit, avoir accès à l’éducation … Mais pas que…

Dans cet album, Julie et Soline ont pris le parti de mettre en valeur les droits des enfants à travers un univers poétique qui invitent à la rêverie.

Car l’ouvrage est construit de manière tout à fait originale : pas de texte, pas de description, mais une ribambelle de phrases évoquant les droits des enfants.

Toutes commencent par un verbe d’action, parce qu’elle est là l’urgence : agir pour que les droits des enfants soient respectés et quoi de mieux que de commencer à la source en expliquant de manière claire aux principaux concernés qu’ils ont des droits et quels sont-ils.

Il y a des droits qui coulent de source : être rassuré, donner mon avis, manger, être en sécurité …

Et puis il y a tous les autres, ces droits qui découlent de l’éducation bienveillante et de la parentalité positive : explorer le monde, être qui l’on veut, …

Toutes ces phrases sont prises comme des invitations à se reconnecter avec la nature, avec soi, avec sa famille et ses amis. Elles enjoignent l’enfant à réfléchir sur sa propre existence, ce qu’il peut et ne peut pas faire, ce que ses droits entraînent également comme devoirs, vis à vis des autres par exemple.

J’ai été fascinée et extrêmement touchée d’avoir eu cette chance, lors de la première lecture avec mes enfants, de voir à quel point cet album les a sensibilisés. La lecture a immédiatement débouché sur une discussion très intéressante. Zélie a voulu continuer à faire la liste de ses droits. J’en ai aussi profité pour lui expliquer que même si les droits sont écrits dans ce livre, qu’il existe des textes ratifiés par un grand nombre de pays, malheureusement, certains enfants n’ont pas la chance de jouir de leurs droits, dans des pays étrangers, mais parfois aussi en France. Nous sommes tombées d’accord sur le fait que pour que tous les enfants puissent bénéficier de leurs droits, il était nécessaire d’une part de les faire connaître à un grand nombre de personnes, et d’autres parts de veiller à ce que ces droits soient respectés.

Zélie a été triste de savoir que d’autres enfants n’aient pas les mêmes chances qu’elle. L’ouverture sur le monde n’a pas que des points positifs et je pense qu’il est nécessaire de ne pas cacher la vérité à nos enfants (sans entrer dans les détails bien entendu). Nous avons parlé longuement, relu de nombreuses fois ce magnifique album et elle a choisi de l’emmener dans sa classe afin que la maîtresse le lise à l’ensemble des élèves.

Malheureusement, la maîtresse n’a pas pris le temps de le lire, selon elle, les enfants de moyenne et de grande section sont encore trop jeunes pour aborder avec eux la notion de droits des enfants …

Je suis également extrêmement sensible aux magnifiques illustrations de Julie Zeitline car les aquarelles répondent parfaitement aux textes : on y retrouve le mouvement des personnages qui font face aux verbes d’action, la lumière des dessins illustrant l’optimisme des droits énumérés, les décors réels ou imaginaires, invitant tout autant à la rêverie qu’à l’aventure. Les personnages sont attachants, leurs émotions particulièrement évidentes.

Ici, les illustrations prennent toute la place dans cet album de grande taille. La couleur est omniprésente. Pas de teinte criardes, mais un savant mélange de tons pastels rehaussés de détails hyper lumineux. Et au milieu de ces tableaux, les mots dansent, forment une ribambelle, une farandole. Les mots se donnent la main et amènent le lecteur à tourner les pages sans s’en rendre compte. Le regard est accroché par les illustrations de Julie et le ruban de mots de Soline nous prend par la main pour continuer l’exploration de ce fabuleux monde où les enfants sont traités avec respect et bienveillance.

Pour continuer la lecture après la dernière page, Soline et Julie ont complété leur album avec une bibliographie de ressources très intéressantes, ainsi que quelques petits jeux pour s’imprégner davantage du livre. 

Enfin, à la toute fin, vous trouverez un petit poster ainsi que 4 cartes postales reprenant des morceaux choisis de l’album. 

Vous l’aurez compris, « Moi aussi, j’ai des droits » est un véritable coup de coeur pour nous. Rares sont les albums de qualité qui abordent cette question essentielle de manière aussi poétique et intelligente. Merci à Soline et Julie ♥

Ceci est ma cent-trente-deuxième participation au rendez-vous Chut, les enfants lisent. 

2 Comments on “Moi aussi, j’ai des droits {Chut, les enfants lisent #132}

  1. « Les enfants de moyenne et grande section sont trop jeunes pour entendre parler de leurs droits »… C’est comme un aveu à demi-mots… C’est criant à quel point l’adultisme est au service de la domination, sous couvert de l’obéissance due aux adultes et ici aux enseignants…
    En tout cas bravo Soline et Julie !

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