littérature jeunesse

Monsieur le Gnome {Chut, les enfants lisent #130}

Aujourd’hui, je vous présente un album pour lequel je craque complètement, il s’agit de Monsieur le Gnome

ce petit bonhomme est un gnome. Aujourd’hui il va à la pêche et il est sur le point d’apprendre à ses dépends qu’il ne faut jamais oublier les bonnes manières.

Dans ce livre, tous les ingrédients sont réunis pour un agréable moment de lecture : l’humour, le rythme, la morale, les illustrations, la couleur …

Je suis toujours heureuse quand les enfants me demandent de le lire parce que je sais à coup sûr que nous allons beaucoup rire tous les trois. Car l’humour employé dans l’histoire touche autant les petits que les grands.

L’ensemble du texte est un dialogue entre le narrateur et le gnome, puis intervient la sorcière. J’aime beaucoup ce parti pris qui rythment énormément la lecture et la rend bien plus vivante et rigolote. Et par ailleurs, la mauvaise humeur et les mauvaises manières du gnome se ressentent plus vivement grâce à l’omniprésence des onomatopées et du fameux NON. Ainsi cela permet au lecteur de se mettre dans la peau du personnage et moi qui adore jouer le texte à la manière d’une pièce de théâtre (le talent en moins ^^), avec cet ouvrage je suis servie.

Tout se joue sous la forme d’un jeu de questions/réponses, le narrateur parle autant à l’enfant qui écoute l’histoire qu’au gnome. Celui-ci répond de manière très succincte, souvent par la négative, quasiment toujours par un « non » plus ou moins coléreux.

Qu’en est-il de l’histoire ? Eh bien il s’agit d’un gnome de mauvaise humeur qui s’en va pêcher dans un étang. On le suit dans sa promenade un peu malgré lui puisqu’il refuse notre présence. Le contraste entre la politesse du narrateur et l’impolitesse du gnome est assez saisissante et très marquée. Après tout il s’agit du sujet traité : observer des bonnes manières en tout temps afin que cela ne se retourne pas contre nous. Pendant sa partie de pêche, le gnome s’énerve sur une grenouille, puis sur un hérisson. . toutes ces péripéties qui s’enchaînent vont desservir notre petit héros puisqu’il va faire la connaissance de la propriétaire de l’étang : la sorcière. Celle-ci lui demande de s’en aller après s’être excusé, mais bien entendu, le gnome refuse. Alors devant son impolitesse, la sorcière change le gnome en pierre. . Un plan plus large de l’étang nous permet alors de comprendre que la sorcière change tous les gnomes malpolis en pierre, puis les peint et les vend comme nain de jardin.

L’enfant comprend donc parfaitement que si le nain de jardin avait gardé ses bonnes manières malgré la mauvaise humeur qui le caractérise, il n’aurait pas effrayé le crapaud, il aurait aidé le hérisson et donc n’aurait pas fait la connaissance de la sorcière qui l’a changé en pierre. Bien entendu, rien de cela n’est expliqué dans l’histoire, c’est au lecteur, s’il le souhaite d’aller plus loin. L’occasion, pour nous en tous cas, d’aborder la question de la parole bienveillante avec nos loulous.

Car même si nous nous sentons en colère, fatigué, blasé … les paroles dures, méchantes et les actes plus ou moins malveillants ne nous aideront pas à sortir de cet état, bien au contraire.

En ce moment les « c’est nul », « je m’en fiche », « t’es méchant-e » ont la côte dans la bouche de nos enfants. On essaie par tous les moyens de leur faire comprendre que ce n’est pas constructif et qu’il y a d’autres moyens d’expliquer à son interlocuteur ce que nous ressentons. L’exemple de notre gnome, pas franchement avenant dès le début de l’histoire est très bien compris par nos enfants. Ils ne le trouvent pas sympathiques, ils pensent qu’il pourrait s’exprimer autrement …

Et qu’en est-il des illustrations ? d’un style un peu naïf (ce qui n’est pas du tout un reproche bien entendu) et surtout très coloré, Fred Blunt arrive à faire ressentir les émotions qui traversent nos personnages par la force de son trait. Les expressions du gnomes sont hilarantes et traduisent parfaitement son mauvais caractère : bras croisés, yeux froncés, joues rouges, bouche hurlante … Tout est dessiné en gros plan où on ne voit, sur la quasi-totalité des pages, uniquement le gnome et son environnement proche. C’est un parti pris intéressant qui traduit également les émotions du gnome : quand on est en colère, notre vision est extrêmement rétrécie et se limite à ce qui nous entoure, parfois moins. On ne sait donc pas ce qui se passe aux alentours, on ne connaît rien de la rencontre entre la sorcière et le hérisson et cela explique aussi le fait que le gnome n’ait pas vu les autres nains de jardin pourtant nombreux autour de l’étang.

Il faut attendre le sort jeté par la sorcière et donc le fait que le gnome ne soit plus en colère pour avoir une vue en plongée de tout l’étang.

Je pense que vous l’avez compris, j’aime beaucoup cet ouvrage que je trouve très drôle et à la fois très intelligent.

Et vous, Y resterez-vous insensible ?

Ceci est ma cent-trentième participation au rendez-vous Chut, les enfants lisent. 

Livre offert par les éditions Albin Michel Jeunesse, merci pour votre confiance ♥

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