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Le graphisme prépare-t-il à l’écriture ?

Quand mon aînée était encore un bébé, en bonne ignorante que j’étais, je pensais que le graphisme était l’étape précédant l’acquisition de la lecture. Au fur et à mesure qu’elle grandissait, je me suis posée la question de l’intérêt réel du graphisme, son but, mais également ce qu’on mettait derrière ce terme.

Car jusqu’alors, j’étais persuadée que rien n’était plus simple que de proposer des activités de graphisme: faire des traits debout, des ronds … c’est à la portée de tout le monde et en demandant aux enfants de réaliser ces traits, c’était l’assurance d’une belle écriture plus tard.

Comme je me suis plantée !!!!!!!!!!

Alors aujourd’hui, je vous propose un petit topo sur le graphisme et pour cela je vais tout d’abord définir ce qu’est le graphisme, puis je vais m’intéresser au but des activités graphiques et je terminerai par vous donner quelques pistes afin de le mettre en oeuvre pour que le graphisme soit efficace.

1. Qu’est ce que le graphisme ?

Il faut savoir qu’en règle générale, on a tendance à mettre le dessin, le graphisme et l’écriture dans le même panier sous prétexte que ce sont tous les trois des activités grapho-motrices, c’est-à-dire l’acquisition de la maîtrise du tracé des formes géométriques. Une même gestuelle, mais des finalités différentes, car en effet, le dessin et le graphisme sont différents l’un de l’autre, et également différents encore de l’écriture. Ils ont néanmoins un point commun : pour les mettre en oeuvre, il vous faudra un outil (dans l’Education Nationale où on a des termes techniques pour tout, on appelle le crayon : l’outil scripteur ^^) et un support. Ceux-ci peuvent être de nature très différentes.

Le dessin c’est une organisation de tracés qui ont pour visée de créer des représentation imaginaires et créatives ou exprimer des émotions. Par exemple : on dessine un bonhomme.

Dessin, Enfant, Figure, Lettres, Talent

L‘écriture c’est une activité graphique ET linguistique. On ne peut pas dissocier les deux ! Le but est ici, la production de sens puisque l’enfant doit être conscient qu’il utilise un système de codes et de règles propres à la langue écrite.

Et le graphisme dans tout ça ?

Eh bien le graphisme c’est l’utilisation de lignes droites ou courbes, de formes et de couleurs, qui, associées entre elles, forment un motif. Le graphisme permet à l’enfant de développer ses habiletés perceptives et motrices, c’est à dire la coordination oeil/main, une posture particulière, la coordination visuelle et auditive …Les habiletés perceptivo-motrices amènent l’enfant à se repérer dans l’espace, à connaître et utiliser son corps ou encore à interagir avec son environnement.

En gros, le graphisme est une étape nécessaire qui permet de consolider des pré-requis nécessaires qui seront ensuite réutilisés dans l’apprentissage de l’écriture.

Comme je vous le disais plus haut, le graphisme n’est pas une préparation à l’écriture dans le sens où les habiletés nécessaires ne sont pas les mêmes. Si dans le cas du graphisme l’importance est donnée aux habiletés perceptivo-motrices, pour l’écriture ce sont les habiletés symboliques (= passer du concret à l’abstrait) et sémiotiques (=produire et utiliser des signes-) qui sont à l’honneur.

2. Quel est le but du graphisme ?

Le graphisme permet d’acquérir des gestes élémentaires, puisque l’enfant apprend à percevoir la relation entre son geste et les effets produits (=la trace laissée). Il peut ensuite apprendre à contrôler son geste et observer des effets différents.

Tout cela signifie qu’une activité de graphisme c’est au delà de tracer une forme, il faut l’analyser, la comparer, s’en souvenir pour être capable de la reproduire par la suite, automatiser et affiner le geste pour rendre le tracé plus fluide et plus juste.

Ainsi la simple ligne devient davantage qu’une ligne : grâce à son geste, l’enfant peut lui donner de multiples formes : elle devient courbe, elle s’enroule, elle peut se briser, devenir plus fine ou plus épaisse… L’enfant travaille donc la précision et la force de son geste pour donner à la ligne la forme qu’il souhaite vraiment et de manière volontaire.

L’analyse et l’observation, essentielles aux activités graphiques permet alors une ouverture sur le monde et à d’autres cultures.

– le développement du geste graphique chez l’enfant.

Il y a quatre étapes dans l’acquisition du geste graphique par l’enfant. Volontairement, je ne mettrai pas d’âge parce que cela dépend tellement de chaque enfant et de son stade de développement.

a. le gribouillage.

C’est le moment où l’enfant s’empare d’un crayon et laisse des traces de manière spontanée. Les mouvements sont incontrôlés et la tenue du crayon n’est absolument pas conventionnelle (prise palmaire = l’enfant tient son crayon à pleine main). A ce stade, la latéralité n’est pas encore acquise (c’est à dire qu’on ne sait pas encore si l’enfant sera gaucher ou droitier). Comme le tracé résulte d’un mouvement ample du bras, il a tendance à déborder de la feuille, l’enfant n’est pas non plus capable de contrôler visuellement son geste. Enfin, ces traces n’ont pas de but précis, elles répondent à un besoin fonctionnel.

b. La conscience de la forme

ça y est, le geste est davantage contrôlé et le bras de l’enfant ne bouge presque plus (le poignet, lui, en revanche est plus mobile). L’enfant affine son geste et le fragmente, de ce fait il commence à être capable d’orienter ses traces. Ainsi, les réalisations des enfants ont un objectif.

Les activités graphiques vont donc rechercher une certaine aisance et précision dans le geste. Le but est d’apprendre à contrôler les mouvements, à utiliser la pince, de reproduire des formes simples. Tout cela passe par l’utilisation d’outils variés. A ce niveau, le travail sera davantage axé sur les traces.

c. la naissance des premières formes

La prise palmaire du crayon (= à pleine main) est de plus en plus rare et pour cause, l’enfant a acquis le geste de la pince. Le contrôle visuel est également acquis. Il réalise différentes formes et surtout il donne une signification à sa réalisation.

Ici c’est le contrôle de la trace qui est recherché, notamment en variant les supports mis à disposition des enfants : des plans verticaux, des pistes graphiques… Les formes deviennent plus nettes. C’est à ce moment qu’on introduit des consignes qui permettent d’utiliser les gestes graphiques : entourer, relier, suivre des formes …

d. l’épanouissement du geste et de la forme.

l’utilisation de la pince est définitivement acquise. Le geste est plus fluide et ainsi l’enfant devient capable d’explorer et d’organiser l’espace de son support. Les détails sont de plus en plus réalistes et minutieux, d’ailleurs l’enfant a recours au langage pour expliquer ce qu’il a représenté. En revanche la main reste rigide sur le crayon, et le poignet manque un peu de souplesse ce qui donne donc des tracers saccadés.

A cette étape on met l’accent sur le respect du rythme et de l’orientation du tracé. On introduit les répétitions de motifs, on en change la taille, on le détourne, on suit une trajectoire … La question de l’analyse et de l’observation est plus que jamais d’actualité puisqu’elle permet de voir les résultats induits par un changement de support ou d’outil.

3. quelques pistes pour des activités graphiques efficaces.

La première chose à savoir est que toutes les fiches qui proposent des activités mécaniques où il n’y a pas de réel apprentissage peuvent engendrer des difficultés lors de l’apprentissage de l’écriture. Je rappelle que le graphisme c’est l’utilisation des fonctions perceptivo-motrices, ce n’est pas juste une activité motrice donc. Ainsi, on préférera éviter les zig-zags réguliers qui n’entraînent pas un mouvement des doigts, puisque seul le bras se déplace (je vous invite à faire le test sur une feuille chez vous). Par ailleurs, demander à un enfant de repasser sur des pointillés n’est pas une activité de graphisme puisque l’enfant se concentrera davantage sur le fait de ne pas dépasser, au détriment du geste qu’il effectue.

Ce qui est certain, c’est qu’il est nécessaire de proposer des activités graphiques de manière quotidienne en n’hésitant pas à varier les supports et les outils parce que non seulement cela ravive l’intérêt de l’enfant, mais en plus il développe ses capacités d’observation et d’analyse.

Pour que le graphisme soit vraiment efficace, il faut réfléchir en amont à la pertinence de l’activité que nous souhaitons lui proposer. L’élément à garder en tête est de se souvenir que dans le graphisme, l’enfant devient un explorateur. Ainsi, les activités telles que « à la manière de … » sont très intéressantes parce qu’elles ouvrent l’enfant à la diversité culturelle en se familiarisant avec des artistes, des matériaux ou des techniques.

L’environnement est également une source d’inspiration et d’observation à la portée de tous, en témoignent la structure d’une branche de sapin, les cernes de croissance de l’arbre ou encore les traits architecturaux, en témoignent par exemple les clichés magnifiques de Yann Arthus Bertrand « la Terre vue du ciel » qui permettent de repérer d’un coup d’oeil les lignent qui organisent l’espace : les sillons des champs, les routes des grandes villes … Le regard peut également se tourner vers les formes et motifs utilisés par les artistes : les cercles de Kandinsky, les motifs de Magritte, les mobiles d’Alexander Calder, les lignes de Sol Lewitt ou de Piet Mondrian …

Tout cela amène l’enfant à observer et identifier les formes. Il devient alors capable de s’approprier les nouveaux motifs, d’imaginer et/ou de valoriser de nouvelles formes.

Si ça vous intéresse, je vous remets les liens vers quelques activités graphiques que j’ai proposées à Zélie et Malo, « à la manière de … »

Piet Mondrian avec Zélie
Niki de Saint Phalle avec Zélie
l’art aborigène avec Zélie
Kandinsky avec Zélie
Auguste Herbin avec Malo et Andy Warhol avec Zélie (tout est dans le même article)
Jackson Pollock avec Zélie et Malo

Je vous partage également les comptes Instagram (parce que c’est sur ce réseau social où je suis le plus active) d’enseignantes qui intègrent parfaitement la notion de graphisme dans les arts visuels et les productions de leurs élèves. La liste n’est pas exhaustive, mais n’hésitez pas à visiter leurs comptes, elles regorgent d’imagination : Charlotte (mater_cha), Charlotte (mes_tresses_charlotte), Sandra (sandramaternelle), …

 

J’espère que cet article vous a plu, n’hésitez pas à réagir en laissant un commentaire ou en le partageant. Vous pouvez également me rejoindre sur la page Facebook ou le compte Instagram du blog.

6 Comments on “Le graphisme prépare-t-il à l’écriture ?

  1. Bonsoir, merci pour ce bel article! Je me permets une petite nuance. Certains enfants ne passe pas par la prise palmaire mais tienne directement le crayon de « la bonne façon ». Pour autant ils passent par tous les stades que vous avez décrit. J’en ai quelques exemplaires;-)

    1. Bonjour ! Oui c’est vrai vous avez raison. Mon fils fait partie de ces enfants qui ne passent pas par la prise palmaire. Mais c’est plutôt rare

    2. Super article, mon fils a passé pour la prise palmaire pendant un certain temps sans vouloir changer jusqu’à que j’ai mis une pince à lange dans les crayons et là dans trois jours le miracle.
      Merci pour tout l’information

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