littérature jeunesse

Une terrible envie de Loup {Chut, les enfants lisent #146}

Vous connaissez maintenant mon amour pour les ouvrages parus aux éditions du Ricochet. Je suis particulièrement attachée à leurs documentaires « Ohé la Science » qui mêlent information précise et illustrations magnifiques. 

Mais Ricochet ce ne sont pas que des livres documentaires, il y a quelques albums également et comme tout le reste, ils sont particulièrement réussis. 

Aujourd’hui, je vous propose de découvrir le petit dernier que nous avons reçu il y a quelques semaines et qui fait le bonheur de Zélie et Malo à tel point que nous le lisons au moins une fois chaque jour. 

Une terrible envie de Loup, c’est son nom, raconte l’histoire d’un loup qui sort dans la forêt avec son sac en bandoulière. Tous les personnages qu’il rencontre sur son chemin ont terriblement peur de lui. 

Il croise ainsi le chemin de personnages d’autres histoires, célèbres pour leur interaction avec le loup, pas toujours heureuse il faut le dire : le Petit Chaperon Rouge, les sept chevreaux, Pierre, le Renard et la Belette … L’autrice, Lenia Major, joue beaucoup sur l’image que le lecteur se fait du loup : un animal cruel et gourmand, qui ne pense qu’à dévorer ceux qui croisent sa route. 

A chaque fois que le Loup voit un habitant de la forêt, il l’interpelle et lui dit qu’il a très envie de … mais de quoi ? Pas le temps de le savoir, le personnage en question lui coupe la parole. Au secours, le loup veut le manger, le dévorer … et j’en passe !!! 

L’autrice plonge très vite le lecteur dans une atmosphère un peu effrayante grâce à un champ lexical savamment choisi, qui tourne autour de la crainte et de la peur. 

Ainsi en lisant ce livre vous y verrez des mots tels que « menace », « terrible », « au secours », « croquer », « monstrueuse », « violente » … Chaque page est construite de la même manière, et tel un conte en randonnée, le texte est toujours à peu près le même, seul l’adjectif accompagnant le mot « envie », les premières lettres du mot coupé dans le discours du loup et l’interprétation faite par les autres personnages changent. 

Les adjectifs sont du même ordre, des synonymes ou presque, on ressens donc de la peur quand le loup dit ces paroles. 

Mais ce qui fait l’intérêt de l’album c’est donc l’interprétation que font les autres personnages des paroles du loup. En effet, celui-ci n’a jamais le temps de terminer sa phrase qu’il est coupé par les protagonistes apeurés qui se chargent de terminer le mot que le loup allait prononcer. 

Lorsqu’il dit à Pierre qu’il a une violente envie de le MMMMMMM, Pierre est persuadé que le loup veut le manger, lorsque le Loup court derrière l’âne en disant qu’il a une abominable envie de le DÉÉ, l’âne s’enfuit en pensant que le loup veut le dévorer. 

A la fin de l’histoire, on retrouve le loup vraiment triste. Il s’arrête près d’un arbre et se met à pleurer. Personne n’a voulu l’écouter, pourtant il avait très envie de leur raconter une histoire. 

Car oui ! le lecteur comprend à la toute fin qu’en aucun cas, le loup avait envie de manger les autres personnages au contraire !!! Mais comme ceux-ci lui ont coupé la parole à chaque fois, ils n’ont pas pu entendre ce qu’il avait réellement à dire. En fait, l’âne, il ne voulait pas le DÉÉvorer, mais lui DÉÉvoiler l’intrigue, et il ne voulait pas non plus MMMMManger Pierre, mais plutôt lui MMMMMontrer une belle histoire !!! 

Bien sûr à la première lecture, mes enfants sont tombés dans le panneau (il faut dire aussi qu’à la première lecture seule, je me suis faite avoir aussi ^^) et ils prenaient un malin plaisir à tenter de deviner ce que le loup voulait dire avant que les personnages ne lui coupent la parole. Et j’ai trouvé qu’il s’agissait d’un bel exercice de phonologie et de vocabulaire ! Car les enfants cherchent à tout prix à trouver un mot commençant par le phonème annoncé par le Loup, tout en n’oubliant pas que ce mot se doit d’appartenir au champ lexical de l’action de manger ! Parfois cela donne des situations très rigolotes avec des mots inventés, mais dans l’ensemble j’ai été très surprise de voir que Malo était parfaitement capable de trouver des mots commençant par le même phonème, et de m’apercevoir que Zélie commençait à posséder un solide bagage de vocabulaire ! 

Lorsque nous arrivons à la fin de notre histoire, Zélie prend plaisir à assembler les mots énoncés par les personnages, à ceux dits par le Loup à la toute fin. Les deux champs lexicaux sont différents, puisque le premier fait référence à la nourriture tandis que le second s’apparente à la lecture. 

Et au delà de l’exercice de langage particulièrement intéressant, j’apprécie aussi la « morale » de l’histoire (si tant est qu’il y en ait une !) qui indique qu’il ne faut jamais couper la parole, ni tenter de devenir ce que l’autre a à nous dire. En général on risque de se tromper et dans ce cas, soit on rend l’autre triste, soit on passe à côté de quelque chose de vraiment chouette ! 

Avec cet ouvrage j’ai découvert un dessinateur plein de talents : Fabien Ockto Lambert. En général je ne suis pas attirée vers les illustrations par ordinateur, mais ici je suis tombée sous le charme des traits et des expressions qu’il arrive à donner à ses personnages. Les couleurs sont éclatantes et les protagonistes prennent vie au fil des pages. On ne peut pas s’empêcher d’avoir peur pour le petit chaperon rouge, le lapin ou le héron, mais en même temps on se prend d’affection pour le Loup qui a un je ne sais quoi d’attachant ! 

Merci aux éditions du Ricochet de nous avoir permis de découvrir cette jolie pépite ♥

Ceci est ma cent-quarante-sixième participation au rendez-vous Chut, les enfants lisent. 

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