Activités créatives, littérature jeunesse

Le racisme et les discriminations dans la littérature de jeunesse.

Je ne peux pas rester insensible face aux événements qui se jouent actuellement aux Etats-Unis et le mouvement de contestation qui a suivi le décès de George Floyd, après son arrestation par la police.

Mes enfants sont assez préservés de l’actualité. A 4 et 6 ans, ils ne regardent pas la télévision parce qu’elle n’est jamais allumée lorsqu’ils sont dans le séjour (on regarde des films qu’on a choisis, et ensemble, de temps en temps), cependant, je crois qu’il est essentiel et même primordial de parler de ce qui se passe dans le monde, de l’actualité, afin qu’ils ne débarquent pas dans quelques années dans le monde réel en pensant que ça se passe comme chez les bisounours. A la différence des médias, le fait d’en parler ensemble permet de choisir les mots que nous souhaitons qu’ils entendent, et surtout de ne pas rendre la situation plus anxiogène qu’elle ne peut l’être actuellement.

La problématique du racisme et des discriminations n’a pas besoin de passer à la télévision pour que nos enfants y soient confrontés au quotidien, que ce soit à l’école, au parc ou au sein même de la famille ou des amis, parfois même sans volonté de nuire. Il est nécessaire d’évoquer le sujet très tôt afin de sensibiliser les enfants à la citoyenneté.

Aujourd’hui, je voulais donc revenir sur une activité que j’ai proposée à Zélie et Malo. Inspirée des ateliers philo dont je ne suis pas encore assez familière, je leur ai préparé une discussion autour des notions de discrimination et surtout de racisme. Je me suis appuyée sur les actualités américaines pour lancer le sujet, mais nous sommes très vite revenus à des situations qui leur parlaient davantage.

Pour l’occasion j’ai sélectionné quelques ouvrages de littérature de jeunesse sur lesquels j’ai pu m’appuyer pour préparer l’activité et que j’ai lus à la demande des enfants.  Après vous les avoir présentés, je vous montrerai l’activité créative qui a découlé de ce temps de parole très enrichissant.

1. Dix femmes qui ont changé l’histoire du monde.

Parce que dans les ouvrages historiques ou documentaires les femmes ne sont pas vraiment mises à l’honneur malgré leur apport dans des domaines tels que la science, la politique ou la musique. Dans ce magnifique album agrémenté de flaps, nous partons à la découverte de dix femmes qui ont marqué l’histoire : Cléopâtre, Elisabeth 1ère, Nzinga Mbandi, Olympe de Gouges, Cixi, Marie Curie, Annette Kellerman, Joséphine Baker, Frida Kahlo et Rosa Parks.

Dans le cas de notre discussion, nous nous sommes surtout intéressés à Olympe De Gouges pour son combat en faveur des droits des femmes et bien entendu Rosa Parks figure emblématique de la lutte contre la ségrégation raciale.

2. Bienvenue chez nous : à la rencontre des enfants du monde.

Dans ce documentaire, chaque page explique en quoi nous sommes tous différents…mais pareil : nous avons tous besoin de manger, mais nos aliments ne sont pas pareils, tout le monde dit bonjour, mais pas de la même manière… On y parle vêtements, moyens de transport, école, famille …

C’est un album vraiment très chouettes pour aborder la différence de culture. On apprend à dire certains mots dans des langues différentes, c’est aussi ludique qu’instructif.

3. #balance ton loup.

J’ai déjà présenté cet album qui est un énorme coup de coeur pour moi dans cet article, il est très drôle mais également très moderne et pertinent. Les princesses que nous connaissons tous comme étant soumises et un peu naïves se rebellent contre les clichés sexistes et cela donne une histoire à contre courant des contes traditionnels.

Nous le lisons très souvent car cet album a énormément de succès auprès de mes deux enfants. Il est parfait pour aborder avec beaucoup d’humour les clichés sexistes.

4. La valise.

Un animal étranger arrive dans la vallée avec sa valise. Les autres animaux ne voient pas d’un très bon oeil ce nouveau venu. Peut-on lui faire confiance ? On ne le connaît pas …

D’apparence très simple, avec très peu de texte, cet album est extrêmement touchant puisqu’il aborde de manière tout-à-fait juste le sentiment de vide de l’expatrié et la méfiance des autres animaux envers ce qui leur est inconnu. Cependant, je vous rassure, l’histoire termine bien et les prémices d’une amitié naissent lorsque tout le monde parvient à dépasser ses préjugés.

Je me suis beaucoup appuyée sur cet album pour parler de la méfiance de l’inconnu qui entraîne le racisme auprès des enfants. A l’aide du texte et des images aussi simples que percutantes le message semble passer beaucoup plus naturellement.

5.  Les rebelles : contestataires et résistantes.

La collection Quelle histoire présente des événements historiques ou des biographies de personnages qui ont marqué l’histoire. Dans cet opus, sont regroupées cinq femmes qui se sont battues pour leurs idées : Jeanne d’Arc, Louise Michel, Angela Davis, Rosa Parks et Olympe de Gouges.

Nous avons écouté surtout l’histoire de Rosa Parks grâce à l’application Quelle Histoire en gardant un oeil sur le chapitre de ce livre. Puis nous avons enchaîné sur l’histoire de Martin Luther King qui, lui aussi a combattu de manière pacifique les discriminations raciales et qui a rencontré Rosa Parks.

6. Une histoire à quatre voix

Cet album ne traite pas de racisme ou de discrimination à proprement parler, mais je trouve que le style d’écriture faisant apparaître les préjugés entre parfaitement dans la thématique.

En effet, cette histoire, comme il est indiqué dans le titre est racontée 4 fois, avec 4 points de vue différents : celui du petit garçon, celui de sa maman, celui de la petite fille et celui de son papa. L’histoire donc, est la même : les deux duos (mère/fils et père/fille) sortent leur chien au parc et ils se rencontrent. Mais selon le narrateur, l’histoire n’est pas racontée de la même manière car on prend en compte les sentiments de chacun et surtout les préjugés :

– la maman qui refuse que son chien n’approche celui d’un étranger parce que c’est un bâtard alors que le sien est un pure race, ou bien qui s’inquiète de ne pas avoir son fils dans son champ de vision parce qu’on ne peut faire confiance à personne

– Le petit garçon qui est heureux de voir que son chien s’amuse, mais qui, quelques secondes durant, s’est demandé s’il allait jouer avec cette fille, parce que c’est une fille

– le papa qui semble juste absorbé par ses problèmes

– la petite fille qui voit le petit garçon comme une mauviette avant d’aller jouer avec lui.

une situation, 4 points de vue et voilà comment peuvent se créer les préjugés : par l’ignorance et la méconnaissance de l’autre.

7. Petite et grande : Rosa Parks

Vous l’aurez compris, Rosa Parks aura été notre héroïne fil rouge pour cette activité. Il faut dire que son combat a marqué de nombreuses personnes et est à l’origine des lois anti-ségrégation aux Etats-Unis. Elle représente parfaitement le message que je souhaite faire passer aux enfants : il est nécessaire de lutter contre les discriminations et ici elles sont de deux sortes : les discriminations raciales et le sexisme.

Zélie aime énormément cette collection dans laquelle nous possédons déjà 3 titres. Je crois que ça lui donne confiance de voir que ces femmes ont accompli des choses extraordinaires.

8. Mes p’tites questions : le racisme.

J’ai utilisé surtout ce documentaire comme support pour mener la discussion. Le fait que chaque page réponde à une question m’a beaucoup aidé. En effet, j’ai pu poser les questions aux enfants afin de leur permettre de mener leurs réflexions mais également de connaître leurs points de vue, mais aussi leurs lacunes.

Différentes questions sont posées permettant d’apprendre ce qu’est le racisme : la définition du racisme, comment on devient raciste, qui s’est battu pour lutter contre le racisme, quels sont les comportements racistes, comment se défendre si on est victime de racisme …

9. Les goûters philo : la tolérance et l’intolérance

J’ai découvert il y a quelques mois cette collection que je trouve vraiment bien construite. Elle permet d’aborder différentes thématiques citoyennes à hauteur d’enfant. Je n’ai pas lu l’ouvrage à Zélie et Malo parce que je pense qu’ils sont encore un peu jeunes pour vraiment comprendre, mais je m’en suis vraiment beaucoup imprégnée pour mener l’activité. J’aime avoir des supports divers, même s’ils sont prévus pour des enfants plus âgés que les miens. Il suffit d’adapter.

L’auteur s’adresse directement au lecteur. Il utilise des situations narrées comme des histoires et s’appuie dessus pour évoquer des notions citoyennes. Dans le cas de celui-ci c’est le vivre ensemble qui est de mise : comment faire pour vivre ensemble même s’il y a des personnes qu’on ne supporte pas.

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J’aime proposer une activité créative lorsque nous abordons une notion afin de bien ancrer les apprentissages. C’est aussi toujours l’occasion de discuter de manière informelle et de se rendre compte de ce qu’ils ont retenu.

J’ai eu envie de leur proposer de réaliser une guirlande d’enfants du monde qui se donnent la main, afin de symboliser la diversité et la tolérance.

Pour cela, j’ai ressorti un document que j’avais téléchargé il y a une éternité. Il s’agit de personnages enfantins habillés en costumes traditionnels de leur pays. Je n’arrive pas à remettre la main dessus (parce que bien entendu à l’époque je n’enregistrais rien) mais il y a un fichier similaire en cliquant ici.

Tous les trois avons observé les caractéristiques de ces enfants : les tenues traditionnelles déjà, mais également la couleur de leur peau, l’aspect de leurs cheveux. On les a situés sur la carte du monde, puis les enfants ont ensuite choisi chacun 4 personnages. Zélie a pris l’espagnole, l’indienne, la japonaise et la massaï. Malo a pris le camerounais, le saoudien, la suédoise et le chinois.

 

En amont, j’avais téléchargé 8 silhouettes identiques de personnages sur Google Images. A la main (avec mon crayon gris et mon tipex ^^) j’ai retravaillé chaque silhouette pour qu’elles correspondent aux personnages choisis par les enfants. Puis Zélie et Malo ont peint ces silhouettes en respectant les modèles, notamment pour ce qui concerne la couleur de la peau. J’avais pris soin de réaliser différentes teintes allant du rose très clair au marron très foncé. A eux de choisir celle qui correspondait le mieux à leur personnage.

Pour une question esthétique, j’ai repassé sur les traits au feutre noir quand la peinture était sèche, j’ai dessiné les yeux, le nez et la bouche puis j’ai découpé les silhouettes.

Un petit trou à la perforatrice dans chaque main (Malo m’a dit : oh comme Jésus …), un fil de laine et voilà une jolie guirlande que nous avons accrochée sur la porte fenêtre.

Je suis contente d’avoir pu aborder le sujet sensible des discriminations et du racisme avec Zélie et Malo. Pour mon petit bonhomme j’ai bien senti qu’on était à des kilomètres de son monde, mais Zélie a un regard plus pointu sur ce qui se passe autour d’elle. Elle a été capable de me donner de nombreux exemples de discriminations et de moqueries que subissaient les personnes discriminées.

en revanche, je crois que même maintenant, elle ne comprend pas qu’on puisse juger quelqu’un sur la couleur de sa peau ou son orientation sexuelle. Cela est certainement du au fait que dans notre cercle d’amis les personnes de couleur ou homosexuelles sont présentes et tiennent une place importante dans nos vies. ainsi elle ne voit pas cela comme une différence, mais une particularité au même titre que la longueur des cheveux ou la taille des amis.

J’espère que tout ceci vous sera utile, n’hésitez pas à me taguer sur les réseaux sociaux si vous réalisez cette activité.

Age de Zélie au moment de l’activité : 6 ans et 1 mois
Age de Malo au moment de l’activité : 4 ans et 1 mois

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