Lorsque, jeune écolière, j’ai appris la classification des espèces animales, mes professeurs m’ont dit : « il y a deux catégories : les vertébrés et les invertébrés. Parmi les vertébrés, il y a les mammifères, les poissons, les amphibiens (ou batraciens), les reptiles et les oiseaux ». C’était assez clair pour moi.

Ma scolarité s’est poursuivie et un jour, je me suis perdue dans les méandres de l’université, et je me suis retrouvée, une année, à suivre une première année de licence de géologie, pendant laquelle, on avait des cours de biologie animale. Là, les choses ont radicalement changé, puisque mon professeur, un homme passionnant et passionné, nous a annoncé qu’en fait, la classification qu’on a toujours utilisée n’avait plus lieu d’être depuis le début des années 1980 (donc avant ma naissance ^^) et que maintenant, il faut étudier la classification du vivant de manière phylogénétique.

Dit comme ça, ça peut faire peur ! Mais en fait, c’est super simple, vous verrez !

Néanmoins, je vais quand même vous présenter le principe de la classification phylogénétique, les différences avec la classification d’avant et en quoi elle est plus riche.

Jusqu’à présent, on utilisait un système de classification scientifique qui était basée sur la physionomie, la biologie et la physiologie des animaux. Seulement, Linné, le biologiste suédois qui est à l’origine de ce système de classification au XVIIIème siècle, a oublié un détail : tous les animaux ne sont pas arrivés en même temps sur Terre. En fait, pour rétablir la vérité, Linné a publié son système de classification, bien avant l’arrivée de Darwin et de sa théorie de l’évolution. Forcément, il n’avait pas tous les tenants et les aboutissants. Cependant, tous n’est pas bon à jeter dans les travaux de Linné. Ce monsieur s’est dit qu’il serait bien, maintenant, de nommer les choses, de les classer, de les ranger, afin de mieux comprendre le monde qui nous entoure. C’était assez révolutionnaire pour l’époque et surtout cela a permis d’autres découvertes.

Mais par la suite, la notion d’évolution des espèces a fait son apparition et il devenait donc nécessaire de prendre en compte cette dimension pour affiner le travail de Linné. En fait, plus qu’un affinage, cela a été un réel bouleversement : exit la hiérarchie fixe des catégories (genres, espèces, familles), bonjour les liens de parentés entre taxons !

le taxon c’est un regroupement d’êtres vivants qu’on a mis ensemble et qui possèdent des attributs – ou caractères – en commun

Au delà de toute cette dimension évolutive, personnellement je trouve que la nouvelle classification est nettement plus pertinente, puisqu’elle classe les êtres vivants selon « ce qu’ils ont » et non plus en fonction de « ce qu’ils n’ont pas ». L’exemple le plus frappant étant l’emploi du mot « invertébré ». On classe les animaux : d’un côté ceux qui ont un squelette (les vertébrés) et de l’autre ceux qui n’ont pas de squelette (les invertébrés). Cela me semble assez dingue de caractériser un animal selon des attributs qu’il ne possède pas !

Il ne viendrait pas à l’idée de dire par exemple qu’une fille, c’est quelqu’un qui n’a pas de pénis, ça reviendrait à dire qu’une fille, c’est un garçon dont il manque un truc. Au contraire, on dira qu’une fille a une vulve et des ovaires (et plein d’autres trucs aussi, mais je schématise), et qu’un garçon a un pénis et des testicules.

Je referme cette parenthèse, mais ça permet de comprendre quand même l’intérêt d’utiliser une technique de classement selon les attributs possédés par les êtres vivants en question.

Bref ! Revenons dans mon histoire. Les années ont passé, j’ai terminé mon année de Géologie, j’ai enchaîné sur d’autres années de fac dans des spécialités différentes (mon parcours universitaire est très éclectique, mais c’est ce qui fait sa richesse et ce qui fait aussi ce que je suis devenue ^^), j’ai eu des enfants et est venu le temps de leur apprendre la classification des animaux.

Je me suis repenchée sur la question, j’ai été fouiller mes cours de biologie (c’est fou ce qu’on peut entasser dans le grenier des parents !), parce que je ne voulais pas enseigner quelque chose de faux ou de pas abouti et pour coller à la pédagogie que j’utilise auprès de mes enfants, j’ai donc créé un peu sur mesure, une séquence d’apprentissage.

Ma posture et celle des enfants. 

Je suis absolument convaincue que l’enfant apprend plus facilement lorsqu’il est acteur de ses apprentissages. Autant que faire se peut, j’essaie de les placer en position de chercheurs, c’est à dire qu’ils suivent (sans s’en rendre compte), une certaine progression, à travers les différentes séances que je leur propose : ils ont un énoncé/une vérité, puis une problématique. Ensuite ils formulent des hypothèses (on prend tout, on ne fait pas de tri, parce que s’ils proposent telle ou telle solution, aussi incongrue soit-elle, c’est que quelque part, ça a un sens pour eux) et on va les tester, les vérifier, ou alors les écarter. On termine par une conclusion qui permet de regrouper tout ce qu’on a appris pendant la séquence !

L’idée est vraiment de faire en sorte qu’ils soient acteurs de leurs apprentissages. En ayant la possibilité de chercher, d’aller au devant des informations leur permet de mieux retenir les notions car tout cela a un sens pour eux. Je n’interviens que très peu, je les laisse discuter, chercher, élaborer des hypothèses… en règle générale, mes interventions se limitent à leur poser des questions pour les amener à la réflexion, mais aussi à les « recadrer » lorsqu’ils partent un peu trop dans tous les sens (ou qu’ils dévient même carrément ^^). enfin, j’apporte également les réponses à certaines questions qu’ils se posent.

Voici donc comment nous avons procédé.

1. Observer les animaux et les classer.

Matériel utilisé : 8 figurines animales : la fourmi, le tigre, le geai bleu, la mouche, le chien, la mouette, l’humain et la chauve-souris. Il est tout à fait possible d’utiliser d’autres animaux, mais l’idée est vraiment de proposer une large variété. De la même manière, vous pouvez utiliser des images si vous ne possédez pas de figurine.

Pour commencer cette séance, on met la chauve-souris de côté.

J’ai placé les 7 autres figurines devant Zélie et Malo en leur expliquant que chacun d’entre eux représente une espèce.

Une espèce c’est un ensemble d’individus qui sont capables de se reproduire entre eux. Le chat et la poule ne peuvent pas se reproduire ensemble, ils ne sont pas de la même espèce. Le chat et la chatte peuvent se reproduire ensemble : il font partie de la même espèce.

Consigne donnée aux enfants : je vous demande de réfléchir ensemble et de classer ces espèces animales. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse, mais il faudra que vous m’expliquiez votre cheminement.

Une fois cela fait, ils m’ont expliqué avoir mis le chien, le tigre et l’homme ensemble parce qu’ils ont 4 membres et 2 oreilles, la fourmi et la mouche ensemble parce qu’elles ont 6 pattes et la mouette et le geai ensemble parce qu’ils ont 2 ailes, 1 bec et 2 pattes.

J’ai ensuite ajouté l’élément perturbateur : la chauve souris ! J’ai demandé aux enfants de la placer dans leur système de classement et de m’expliquer pourquoi. Pour les aiguiller, je leur ai proposé de réfléchir à la question « avec qui la chauve souris a-t-elle le plus de points communs? »

Je n’interviens pas, je ne corrige pas, mais j’ai laissé les enfants formuler leurs propres hypothèses qu’ils vérifieront plus tard.

Ils m’ont donc expliqué avoir placé la chauve souris avec le geai et la mouette parce que, comme eux, elle a 2 pattes et deux ailes. Seulement elle n’a pas de bec.

Restitution écrite : j’avais préparé en amont 8 petites photos des animaux utilisés. les enfants les ont collées dans leur cahier de sciences en respectant leur propre classement et en expliquant leur réflexion.

Lorsque les deux enfants travaillent sur la même thématique, souvent c’est la restitution qui diffère car je ne peux pas demander la même chose à Zélie (niveau CE1/CE2) et à Malo (niveau GS/CP). Zélie a écrit le texte seule tandis que pour Malo c’est moi qui ai écrit sous sa dictée.

2. Observer les attributs des animaux

J’ai choisi de réaliser cette partie de la séquence directement au Musée d’Histoire Naturelle de Lille parce que je trouve que c’est plus pertinent d’observer directement les animaux plutôt que de les voir sur des images ou des figurines qui ne reflètent pas vraiment la réalité. Le point fort aussi de cette sortie c’est que Zélie et Malo connaissent parfaitement le musée, on n’aura donc pas d’étape « découverte » et ils pourront déambuler aisément à travers les différentes salles.

Avant de partir au musée, chaque enfant a pioché un des animaux de la première séance et l’a décrit. Ca permet de faire le lien entre les deux séances et de restituer les connaissances acquises précédemment.

Matériel utilisé : feuilles à remplir, préparées en amont.

Pour commencer, j’ai donné à chaque enfant, une feuille avec sur chacune, la photo de deux animaux. Ils devaient les retrouver dans le musée, écrire leur nom et lister leurs attributs.

Pour Zélie j’ai choisi le phasme feuille et le flamant rose.

Pour Malo j’ai choisi le lynx et la mygale.

Un intérêt supplémentaire d’aller dans un musée que je connais comme ma poche c’est que j’ai pu choisir des animaux que je savais qu’on allait retrouver là-bas. C’est plus pratique ^^

Zélie a réalisé son activité en totale autonomie, elle est partie à la recherche de ses animaux et a listé différents attributs.

Pour Malo c’est moi qui ai écrit à sa place. Lui a noté le nom de l’animal et m’a listé les attributs que j’ai recopié fidèlement en respectant ses mots.

Puis, nous avons lu les attributs repérés pour chaque animal. Ce qui était très intéressant dans cet échange à l’oral c’est que mutuellement, Zélie et Malo ont enrichi la liste des attributs des animaux de l’autre avec ce qu’ils avaient pu observer aussi. Ayant chacun leur propre sensibilité, ils sont plus enclins à observer tel ou tel détail. C’était vraiment enrichissant.

On a ensuite séparé les attributs des descriptions et on n’a gardé que les attributs car les descriptions (couleur, taille…) ne sont pas forcément propres à l’espèce (un humain peut avoir les cheveux blonds ou les cheveux bruns par exemple).

Puis, je leur ai donné le deuxième document qui est un tableau à remplir avec ce qu’ils peuvent observer : les colonnes sont les animaux à trouver dans le musée, les lignes les attributs à observer. Ils ont pu donc cocher si les animaux possèdent tel ou tel attribut. Il y a une ligne « TOTAL » permettant de voir quels sont les attributs partagés par le plus grand nombre d’animaux.

L’objectif ici est de montrer que différentes espèces peuvent partager le même attribut. De cette manière, les enfants ont tout de suite observé que tous les animaux représentés sur le tableau possédaient une bouche !

3. Regrouper les animaux selon leurs attributs

Matériel utilisé : pleiiiiiiiin d’images représentant des animaux, des petites vignettes listant des attributs, des crayons Woody.

On a commencé la séance par se rappeler ce qui avait été fait la fois précédente. On avait terminé la visite au musée en disant que les espèces peuvent partager un même attribut.

Les enfants se sont rappelés que l’attribut le plus largement partagé était la bouche. Ils ont donc rassemblé tous les animaux ayant une bouche : c’est à dire la totalité des images ^^ On les a étalés sur la table et autour, on a tracé un cercle, pour les rassembler et on a posé sur ce cercle, la vignette « j’ai une bouche ».

Petit aparté : oui j’ai dessiné directement sur ma table à l’aide des crayons woody et triple One parce qu’ils se nettoient à l’eau. Ainsi, ça ne bouge pas (comme ça pourrait bouger si on utilisait des ficelles) et ça permet de bien visualiser.

Maintenant il faut continuer le tri, affiner le classement. Je leur ai donné au fur et à mesure les vignettes « attributs » et les enfants se sont chargés de continuer le classement, toujours en discutant, en argumentant. C’est vraiment très enrichissant comme manière de faire parce qu’on en apprend beaucoup sur nos enfants en les observant, mais eux aussi apprennent des choses : ils apprennent à s’exprimer clairement à l’oral, ils apprennent à décrire, à argumenter, ils apprennent aussi à écouter l’autre, ça ce n’est pas toujours facile ^^

A la fin de la séance, ils avaient terminé leur classement : toutes les vignettes « attributs » ont été utilisées.

Et là, on a fait un truc magique !!!

On a enlevé toutes les images, toutes les vignettes attributs et c’est la classification phylogénétique, dans sa forme simple, bien entendu, qui est apparue devant nos yeux ! des cercles imbriqués dans d’autres cercles qui mettent en évidence les similitudes entre les espèces !

L’objectif de cette séance était de classer les espèces en fonction des attributs qu’elles ont en commun et non pas en fonction de ce qu’elles font ou ce qu’elles mangent. Cela permet de comprendre que plus les espèces partagent d’attributs en commun, plus elles sont proches, même si physiquement ça ne saute pas aux yeux. 

4. découvrir la classification : l’arbre de parenté qu’on appelle aussi l’arbre phylogénétique. 

Matériel utilisé : l’arbre de parenté

Vous pouvez vous procurer les cartes de la classification phylogénétique des animaux en vous rendant sur ma boutique en ligne ou en cliquant sur ce lien.

J’ai sorti l’arbre de parenté et je leur ai montré en expliquant que c’était une façon plus simple de représenter le classement par cercles qu’on avait fait à la séance précédente  : le grand cercle qui représentait tous les animaux qui ont une bouche, eh bien c’est le sommet de l’arbre, l’attribut partagé par tous. 

J’ai ensuite laissé quelques minutes aux enfants pour qu’ils puissent l’observer et décrire ce qu’ils voyaient. Ils ont tenté de comprendre comment le lire et ils y sont parvenus ! J’ai aussi répondu à de nombreuses questions ^^ 

Et puis je leur ai demandé à quoi cet arbre pouvait bien servir. L’arbre de parenté permet d’identifier les attributs communs aux espèces et ainsi connaître l’histoire de l’évolution des espèces. Comme je vous avais dit au tout début de cet article, c’est une classification qui prend en compte, justement, les théories de l’évolution. Par exemple, l’homme, le geai et le saumon ont en commun l’attribut « squelette interne ». Cela signifie qu’ils ont en commun un ancêtre qu’on ne connaît pas et qui avait un squelette interne ! 

C’est fascinant, vous ne trouvez pas ? 

5. Manipuler la classification phylogénétique et y classer les animaux. 

Matériel utilisé : les cartes « classification phylogénétique », des craies et des figurines animales. 

Vous pouvez vous procurer les cartes de la classification phylogénétique des animaux en vous rendant sur ma boutique en ligne ou en cliquant sur ce lien

En amont, j’ai préparé l’arbre de parenté sur notre terrasse. J’ai dessiné les traits qui relient chaque item à l’aide des craies (et j’ai utilisé des petits cailloux pour maintenir les cartes qui s’envolaient !) en prenant soin de laisser des espaces pour y poser les animaux. 

J’ai ensuite été piocher dans les figurines des enfants. L’idée était d’avoir des animaux de différentes espèces, de différentes classes et qui ne se ressemblent pas physiquement, pour ceux de la même classe ou du même ordre. J’avais envie que les enfants puissent également classer d’autres animaux que nous ne possédions pas, j’ai donc imprimé quelques photos pour ces animaux là. Mais bien entendu, si vous n’avez pas de figurine (ou pas assez), vous pouvez très bien utiliser que des photos. 

La consigne était simple : placez les animaux sur l’arbre de parenté en respectant les attributs qu’ils possèdent. 

Je leur ai fait un exemple pour leur apprendre à lire l’arbre de parenté. Prenons par exemple la fourmi. 

A-t-elle une bouche ? Oui. c’est donc un animal. On peut continuer avec la ligne du dessous. A-t-elle un squelette interne ? Non. On passe à l’attribut situé à côté. A-t-elle une bouche entourée de tentacules ? Non, attribut suivant. A-t-elle un corps mou et une coquille ? Non. On continue. A-t-elle des pattes articulées ? Oui ! C’est un arthropode ! On descend d’une ligne. A-t-elle deux antennes ? Oui. On va sur la ligne du dessous. A-t-elle de nombreuses pattes ? Non, on continue sur la même ligne. A-t-elle six pattes ? Oui. C’est un insecte ! Je place la fourmi sous la carte INSECTE. 

A eux maintenant. Zélie et Malo ont donc pu classer tous les animaux que je leur avais préparés. Si pour certains c’était plutôt facile, pour d’autres c’est assez compliqué. Il fallait se poser les bonnes questions, aller chercher l’information dans des livres ou bien c’est moi qui leur donnais. Mais au final ils s’en sont sortis avec brio !

Trace écrite : à l’aide de l’arbre de parenté, Zélie et Malo ont rempli quelques documents dans lesquels ils devaient trouver deux animaux qui partagent le même attribut, ou bien trouver l’attribut commun de deux animaux. 

Je leur ai aussi proposé une petite activité toute simple qui m’a été inspirée d’une de nos balades à la mer. Ce jour-là les enfants ont ramassé de nombreux coquillages, alors après les avoir lavés, ils ont pu les trier : bivalves ou gastéropodes ?

télécharger la trace écrite (cliquez sur la photo pour l’enregistrer) :

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Pour cette année on s’est arrêtés là. Au final, je remarque qu’ils sont capables de nommer différentes classes animales et de citer les attributs communs à ces classes (par exemple pour les insectes : 2 antennes, 6 pattes, une tête, un thorax, un abdomen …). Même si j’ai pas mal insisté là dessus, j’ai l’impression que le côté « évolution animale  » et « ancêtre commun » n’a pas été retenu. C’est peut-être un peu trop abstrait pour eux, je ne sais pas. Quoi qu’il en soit, on va reprendre cela l’an prochain en ajoutant de nouvelles infos. 

Comme vous avez pu le voir, ce sujet me passionne réellement. Je trouve ça tellement dingue de pouvoir comprendre le règne animal, les points communs entre les animaux, toute cette histoire de l’évolution de l’espèce. 

J’espère que mon article vous aura été utile, malgré sa longueur ^^

 

âges des enfants au moment de la séquence : Zélie : 7 ans et 9 mois

Malo : 5 ans et 9 mois

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